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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 00:00

La philosophie classique considère le temps comme du non-être. Pour Kant, c'est une « forme » et donc une réalité. Le temps a une structure qui repose sur la simultanéité, la succession et la permanence. Cette idée sera reprise par Hegel et Schelling. Bergson est en accord avec ce point de vue, celui considérant que le temps a une structure, mais il va aussi s'intéresser aux trois temps que sont le passé, le présent et le futur. Ces derniers sont envisagés comme des constructions théorique et non comme des constructions empirique. Dis autrement, les trois temps n'existent que dans l'esprit humain selon une logique appelée la trame du temps. Le passé est avant le présent, lui-même antérieur à l'avenir. Toutefois, chacun des trois temps possède une réalité spécifique, c'est-à-dire que chacun d'entre nous se fait du passé une représentation qu'il considère comme étant évidente. « Le bergsonisme est l'annonce de la bonne nouvelle de la durée qualitative [en tant que qualité], hétérogène, mais son discours affirmatif s'articule sur l'arrière-fond d'une dénonciation du négatif. »1 (Miklos Vetö)

 

Henri-Bergson.jpg

Bergson récuse cette vision trop déterministe qui appréhende le passé comme englobant le présent. Pour lui, les trois temps ne sont qu'une seule et même chose, la durée, mais, pris indépendamment les uns des autres, ils possèdent leur réalité propre, leur propre signification. Ainsi, la triade bergsonienne repose sur la multiplicité, la distinction et enfin l'hétérogénéité (la disparité). La vie d'un être humain suit un mouvement dans lequel sont intégrés les trois temps. La durée d'une vie c'est un peu comme le courant d'un fleuve. Elle va dans un sens sans jamais revenir en arrière. Dans une vie, il y a bien des moments qui se succèdent. En effet, il y a la naissance, le mariage, le premier enfant, et tout autre chose jusqu'à la mort. Seulement, tout cela n'est pas encore de la durée. C'est l'idée finalement que la durée possède de multiple qualité et que cette disparité, cette diversité, change le temps en durée. Il n'y a donc pas de solidarité entre les moments de la vie. La vie est une durée, pas chacun des évènements qui la constitue.

 

Nous venons de le voir, pour Bergson la durée est comme un courant que l'on ne peut pas remonter. Seulement, il n'y a pas de durée possible sans les évènements. L'apparence de la durée c'est le fait, c'est l'évènement. En effet, ce qui ressort dans une vie, c'est ce que la personne a vécu et non simplement la durée de sa vie. Il est né et il est mort. La vie est comme le courant que l'on ne peut remonter et c'est pourquoi c'est une durée, mais le mariage est un événement inscrit a un moment t de la vie de l'individu et que celui-ci, a un moment x, pourra se remémorer. Je récapitule. Je me marie a un moment t. C'est un événement important de ma vie qui s'inscrit dans la durée. Donc, a un moment x je peux me remémorer cet événement. Le mariage devient un événement passé dont je peux me souvenir à n'importe quel moment de mon existence.

 

Le devenir est donc fondée sur l'incertitude. On ne sait pas, dit-on, ce que l'avenir nous réserve. Je ne sais pas ce que je vais devenir. Le passé est différent du présent. La perception relève du présent, de l'instant présent alors que le souvenir relève du passé. C'est une représentation du temps que l'on se fait, mais qui ne traduit pas la réalité du temps. En fait, le présent est comme quelque chose que l'on pourrait toucher, que l'on perçoit. Les sens entre en jeu ici. Ce souvenir relève du monde de l'esprit. L'origine du souvenir c'est la mémoire qui, souvent, renvoie à l'individu une image pur du souvenir en question. Finalement, l'opposition entre matière et esprit, donc entre perception et souvenir, correspond à celle qui prévaut entre le présent et le passé. La perception se situe dans le présent (matière) et le souvenir se situe dans le passé (esprit).

 

Hobbes et Hume, par exemple, considère le souvenir comme une perception affaiblie, diminuée, de la réalité. On ne peut pas se souvenir à l'identique de son mariage après dix ans de vie commune. Il est aussi certains que l'on ne se souviendra pas de la même manière de son mariage après une dispute ou après un moment d'intense amour. Le souvenir est censé représenter le passé sans l'altérer. Or, nous le savons, le souvenir s'obtient par une opération de l'esprit effectuée à partir d'une quantité de souvenir qu'il nous est possible de nous représenter dans le présent. On peut se souvenir d'un objet sans en voir l'image. Cela montre que le souvenir est plus qu'une sensation et qu'une sensation survit à la perception. Le souvenir, pour conclure, survit à la perception.

 

Cela amène à penser que le présent est à la fois perception et souvenir. La perception devient souvenir avec le temps. En fait, à un moment t je vais vivre mon mariage comme une réalité, puis, avec le temps, la façon dont je l'ai vécu – la perception – va s'altérer. Ainsi, lorsque je vais m'en souvenir je n'aurai plus que la sensation de me remémorer mon mariage tel qu'il a eu lieu, alors que, en fait, je ne me remémore mon mariage que en fonction de la façon dont je vis au moment précis où je me le remémore. Bergson penserait que tout cela reste fort simpliste. Ce qu'il veut dire c'est que la perception que j'ai de mon mariage n'est qu'une image de la réalité, un « reflet », c'est-à-dire le souvenir de ce qui a été et qui jamais plus ne sera. Il y a deux identité matérielles. Une identité chronologique. Je me suis marié le 21 septembre 1984, par exemple. Il y a aussi une identité du contenu, c'est-à-dire, par exemple, avec qui je me suis marié, qui était présent, qu'est-ce que nous avons mangé, est-ce qu'il y a eu des incidents...

 

Finalement, le souvenir est une réalité passé (mon mariage) qui naît avec la perception dans le présent (dix ans plus tard). En fait, le souvenir de mon mariage est une réalité du présent qui me vient du passé.

 

Note

 


1 Miklos Vetö, Le passé selon Bergson, 2005.

 

Source image : http://www.philolog.fr/documents/Henri-Bergson.jpg, créée le 7 janvier 2010 [consultée le 26 novembre 2010].

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