Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Conclusion : la crise étatique ou remise en cause du modèle européen de l'Etat.
Lénine, nous l'avons vu, est opposé à l'Etat démocratique et le remet fortement en cause. Pour lui, c'est un pur produit du capitalisme, une façade. En France, la démocratie, sous la forme d'une République libérale, a fait entré dans sa constitution des principes fondamentaux aujourd'hui remis en cause : l'indépendance de la justice administrative (1872), école gratuite, laïque et obligatoire, liberté de la presse et liberté de réunion publique (1881), autorisation des syndicats (1884), liberté d'association (1901), principe de laïcité (1905), abolition de la peine de mort (2007).
Tiré de Wikipédia le 4 septembre 2010 :
Le 3 janvier 2006, Jacques Chirac a donc annoncé une révision de la Constitution visant à inscrire l'abolition de la peine de mort dans un nouvel article 66-1. Celui-ci disposera simplement que « nul ne peut être condamné à la peine de mort ». Un an plus tard, mardi 30 janvier 2007, cette modification a été votée par l'Assemblée nationale. L'occasion de constater le degré actuel de l'abolition : le vote s'est fait à main levée, seule une quinzaine de députés UMP conduits par Jacques Myard n'ont pas voté le texte, le jugeant « inutile car personne ne songe, dans la conjoncture actuelle, à rétablir la peine de mort » [21]. Le 9 février 2007, le Sénat vote à son tour la loi. Il ne reste plus qu'un vote des deux chambres réunies en Congrès à Versailles, ce qui a été fait le 19 février 2007 peu avant l'élection présidentielle. Comme toutes les lois constitutionnelles, la Loi du 23 février 2007 relative à l'interdiction de la peine de mort fut scellée par le Grand sceau de France . Le 1er août 2007, la France ratifie définitivement le Protocole 13 de la CEDH interdisant la peine de mort en toutes circonstances, même en temps de guerre, texte qu'elle avait signé en 2002.
"Le bon pouvoir, explique Jean Picq, prétend toujours vouloir le bonheur de tous et s'indigne qu'on conteste ses bonnes intentions. C'est pourquoi il se méfie de tout contre-pouvoir qui, au nom du principe de séparation des pouvoirs [et donc au nom de la démocratie], entend le limiter, le contrôler ou juger de ses actions." L'Etat doit défendre la liberté et le droit, l'indépendance de la justice et mettre en place un Parlement qui légifère au nom du peuple. L'Etat démocratique, et donc l'Etat de droit, et donc l'Etat capitaliste pour Lénine, tend à résister aux dérives autoritaires.
Là où nous arrivons dans la réalisation des propos de Lénine, c'est lorsque Jean Picq écrit : "Faire de la nation en tant que telle, de ceux qui y vivent ou de son sol, la valeur ultime, c'est la transformer en objet de culte, c'est exacerber les différences et créer les conditions de la violence." Il est évident, en France, que l'idée nationale prend une ampleur dangereuse (voir 2002). Cette phrase de Jean Picq se vérifie point par point dans le contexte actuel. Violences urbaines, atteinte à l'intégrité de représentant de l'Etat, hymne national sifflé, lutte contre les délinquants, stigamtisation des quartiers défavorisé, et il y a peu atteinte à l'Islam et aux Roms, deux minorités "visibles" présente sur notre territoire.
Dans les deux cas, l'Etat nation et l'Etat de droit, par leurs dérives, mettent aujourd'hui en péril la démocratie en France, mais aussi dans d'autres pays du monde (l'Iran par exemple). Finalement, là où Lénine aurait tort, c'est que l'Etat, n'étant possible que par la reconnaissance juridique du peuple, peuple déléguant à l'Etat sa souveraineté en ratifiant une Constitution, serait, l'Etat donc, affaiblie de l'intérieur. Par un excès de zèle, la nation, par un sentiment de supériorité, met en avant son peuple, les Français, pour donner à l'Etat une "identité" et donc, par là, justifier la lutte contre l'Islam ou l'expulsion des Roms.
Concluons en disant que, si l'Etat se veut démocratique, défenseurs des valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité ou de tolérance, il peut dériver négativement, par une volonté qui est "nationale", voulue par le peuple. Le modèle français est totalement remis en cause par Nicolas Sarkozy. D'un Etat nation de droit, nous passons un Etat nation tout court, ce qui n'implique plus la démocratie, car la défense des intérêts de l'Etat passe avant tout le reste (donc avant le bonheur du peuple), ce qui légitime, en quelque sorte, la lutte contre tout ce qui n'est pas issue de la nation.
Cette vision de l'Etat est celle qui a donné naissance aux totalitarismes. Un pouvoir fort, le plus centralisé possible, contrôlant la presse, et s'efforçant, bien sûr, de réduire un à un les contres pouvoirs. C'est que fait Sarkozy. Pourquoi, d'après vous, Le Pen est contre le principe d'une constituion européenne ? Pour qu'un Etat fonctionne, il faut, à la fois un peuple et une nation, mais aussi une Constitution qui prévoit un régime démocratique (séparation des pouvoirs et libertés fondamentales). De plus, vous aurez remarqué que l'économie est en fait bien éloigné de nos préoccupations. La Chine, Etat marxiste par excellence, est une dictature, mais, comme l'avait sentie Lénine, c'est aussi un Etat capitaliste.
Fort intéressant le cas de la Chine. C'est un Etat nation, capitaliste, mais non-démocratique. La thèse de Lénine s'effondre. Cela amène a un constat un peu désabusé : le capitalisme, s'il est lié à l'Etat, serait indifférent au régime mis en place dans le pays. Alors que l'Etat nation suppose une centralisation des pouvoirs, l'Etat démocratique, au contraire, suppose une décentralisations de ces mêmes pouvoirs. Les Etats-Unis d'Amérique, à l'inverse totale de la Chine, est l'Etat le plus démocratique de la planète (malgré ce qu'on en dit). C'est aussi le plus capitaliste des Etats du monde, et plus vulnérable sur le plan financier (nous l'avons constaté il y a peu).
La synthèse des deux formes d'Etat, comme c'est le cas un peu partout en Europe, a montré sa force, mais se trouve aujourd'hui affaiblie par le capitalisme et par la peur que les peuples ont de perdre leur identité, phénomène lié à l'Union qui impose de plus en plus de contraintes aux Etats, contrainte répercuté sur la population par l'Etat, ce qui aboutit à un effet de contestation massive (c'est le cas aujourd'hui) et donc à un repli vers les extrêmes (vote allant vers l'extrême droite ou gauche). Cette crise du régime étatique est un phénomène européen généralisé qui pourrait amener à la reprise des tenstions interétatiques au sein même de l'Union (la France qui expulse des Roumains, expulse des citoyen européen, et donc ne respecte la Constitution européen tout récente --> Cela provoque des tensions entre les pays, comme l'Allemagne refusant d'aider la Grèce endettée et les Grecs manifestant leur colère contre leur dirigeants et contre l'incapacité de l'Union à les sortir de leur misère).
Tout cela, et c'est le mot de la fin, n'augure objectivement rien de bon.