Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
L'analyse de la France contemporaine n'est pas l'exercice le plus facile pour les historiens. Au premier abord, le chercheur étranger s'aperçoit que l'écart entre les élites et le grand public se creuse. Cela s'explique par la faiblesse de la société civile, par le manque d'autorité politique et de pédagogie. Dans les derniers temps de la IVe République – l'année 1957 – Suzanne Berger note un fort pessimisme et la fâcheuse impression de faire du surplace. On n'avance pas, sans toutefois reculer. Chez les intellectuels ont tentent la carte de l'intégration et de la stabilité. Pour eux, il n'y a de changements possibles que par des chocs massifs. Bien sûr, le changement est aussi possible en dehors d'hommes extraordinaires. Le souvenir d'une certaine tradition politique – celle de De Gaulle, de Mitterand – est toujours ancrée dans les esprits des Français. Le poids de l'Histoire pèse alors même que le modèle de l'État-nation vacille devant la construction européenne.
Jacques Hayward, en complément de Berger, rappel le modèle étatique proposé par les Jacobins. Avec eux, nous héritons de cet État hypercentralisée avec un fort dirigisme des notables. Toute la force du système nobiliaire d'Ancien Régime qui persiste encore au XXIe siècle. En 1982, la loi Deferre donne plus de pouvoir aux départements et aux régions, créant différent paliers qui font le jeu des notabilités locales. Le cumul des mandats, toujours de règle, est de plus en plus critiqué. D'un autre côté, explique Marc Lazar, au-delà de cette héritage conservateur, apparaît une gauche de la gauche qui dénonce la mondialisation, le néolibéralisme ou le social-libéralisme et défend le service public et l'État-nation. Globalement, pourtant, c'est une vision plutôt pessimiste de la modernité qui domine en France.
Les intellectuels du pays parlent peu d'Europe et de démocratie représentative. Les idées les plus novatrices ne trouvent de soutien chez les têtes pensantes. De plus, il faut faire avec une anti-américanisme – primaire pour certains – et un pacifisme doublé d'anti-impérialisme. L'image de l'intellectuel humaniste des Trente glorieuses laisse la place au structuralisme et au radicalisme. Tout cela amène, en ces années 1990 et 2000, un certains formalisme et un culte de l'évènement. Celui qui incarne le mieux à mes yeux, cet esprit « nouveau », c'est François Dosse. Il a publié, en 91 et 92, en deux tomes, une Histoire du structuralisme. En 2010, il sort Renaissance de l'évènement. Il a également écrit des biographies intellectuelles, notamment sur Michel de Certeau et Paul Ricoeur. En France, toutefois, le grand historien du politique de l'après guerre est René Rémond, décédé en 2007, dont l'ouvrage sur Les Droites en France, publié en 1954, fut rapidement un incontournable.
http://www.laviedesidees.fr/Regards-croises-sur-la-France-d.html
http://www.ina.fr/grands-entretiens/video/Histoire/Remond