Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Cette lettre ouverte a été écrite par un ami actuellement étudiant en dernière année de licence d'histoire au Havre. Elle a été rédigée en 2007, peu après l'élection de Nicolas Sarkozy et son actualité est frappante. Alors même qu'il y a un projet controversé d'une maison de l'histoire de France, l'histoire a été mise en option dans les filières S. En 2007, ce n'était qu'une rumeur, une annonce, un "peut-être"... C'est cela que cette lettre "dénonce" en plus de "dénoncer" aussi le fait que l'histoire des arts soit bradée (elle n'existe plus depuis la rentrée scolaire 2010).
Cher « môsieur » le président de la république, son altesse sérénissime Nicolas Sarkozy.
Par le biais des médias, non encore contrôlés par vos services, nous, simple citoyens lambda, avons eu vent de votre ardente volonté de proscrire, ou tout du moins de rendre facultative des matières essentielles telles que l’Histoire, la Géographie, la Philosophie ou les arts plastiques.
Nonobstant votre désir de faire du devoir de mémoire l’un des fondements de notre société, vous nous voudriez interdire l’enseignement qui justement permet d’effectuer ledit devoir de mémoire !.. d’où une contradiction surprenante, en complète adéquation avec votre politique…
Vous me répondrez probablement que la déliquescence inexorable de nos chères têtes blondes justifie un choix aussi lourd ;mais cet argument, aussi véridique soit-il, s’avère pourtant irrecevable :il fait en effet abstraction des bons élèves qui sont encore légions, et condamne les élèves prétendument mauvais à l’ignorance la plus totale. De plus, l’arrêt ou l’optionalité de l’Histoire géographie aurait pour conséquence de contraindre au chômage des centaines de professeurs. Vous semblez cependant n’en avoir cure.
Vous inférez encore de la réduction inéluctable des capacités intellectuelles des jeunes pour proposer cette fois-ci la mise au rebut d’une matière où nombre de nos compatriotes se sont illustrer : la Philosophie. Cet enseignement, aussi ardu soit-il, nous permet une chose essentielle :la réflexion personnelle, principe indéniable de la liberté, figurant pourtant dans notre devise nationale. Seriez-vous prêt à nous ôter toute capacité de recul, et donc de remettre en cause la raison d’être de la démocratie ? Au vu et au su de votre dirigisme et de votre ingérence dans tous les domaines (notamment ceux pour lesquels vous n’êtes pas qualifié), cela ne me surprendrait pas…
La France est, selon l’éminent poète Du Bellay « La patrie des arts, des armes et des Lois. » L’Art a de tout temps symbolisé le reflet culturel de la France, pays bénéficiant d’ambassadeurs de marque tels que Meissonnier, Ingres, Monet, Renoir, etc. Bien que prédestiné à figuré aux cimes de la célébrité, ces genres doivent surtout leur réussite aux cours dispensés à eux par des maîtres surdoué (dont David) ; et c’est cette formation que vous voudriez voir remise en cause ?
Souhaitez-vous à moyen terme proscrire l’un des rares dérivatifs intellectuels dont nous disposons ? Souhaitez-vous abêtir le peuple français ou le dissuader d’entreprendre une carrière artistique jalonnée d’œuvres vous pouvant contester ? Voilà autant de possibles (voire probables) suggestions pour interpréter votre volonté d’interdire un domaine où la France a acquis ses lettres de noblesse.
Si, acceptant de vous remettre en cause (ce qui me paraît bien improbable) et de corriger vos exactions, vous décidez de faire machine arrière, vous vous procurerez peut-être une légitimité et un rôle réel de défenseur de la démocratie. Une démocratie que vous n’avez pour l’instant eu de cesse de bafouer.
Très cordialement, Colin Marais.