Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Je vais commencer cet article par la mort d'un professeur d'informatique qui vivait et enseignait depuis peu en France. Les âmes sensible peuvent s'abstenir de regarder les images de ce flash de BFM TV, mais c'est pourtant la dure réalité que vive les Tunisiens depuis un mois. Hatem Bettahar est devenu le martyr de ces manifestations comme l'avait été cette jeune fille en Iran.
Ben Ali, le président tunisien, vient de faire preuve d'un rare cynisme politique. Plus intelligent que son homologue ivoirien, Laurent Gbagbo, il a donné des gages de sa bonne foi. Toutefois, comment peut-il adopter pareil attitude alors même que les répressions ont fait 66 morts ? Pense t-il qu'il vaut mieux donner des garanties tout de suite et revenir dessus ensuite le moment venu ? Peut-être...
“Pas de présidence à vie, proclame t-il, et je refuse de toucher la limite d'âge fixée par la constitution.”
Ben Ali, 13 janvier 2011
Ben Ali, rappel le journal Le Monde, est au pouvoir depuis vingt-trois ans. Comment apprécier son discours ? Il sonne faux, archi-faux. Toutefois, il été pris de cours par les évènements, notamment par la montée en puissance du soutien de l'opinion publique internationale envers les manifestants. Il a du sentir l'isolement de son régime. Un isolement qu'il n'avait peut-être pas prévu.
Pour moi, il ne pratique qu'une chose : la politique de la raison. C'est la politique des dictatures, c'est-à-dire adapter la tactique à la stratégie et s'accomoder avec le régime actuel. La stratégie, c'est garder le pouvoir. La tactique, donner des garanties concrète. C'est d'ailleurs ce qu'il a fait en rétablissant la liberté sur Internet, notamment en rendant à nouveau accessible les sites Daylimotion et You Tube.
Les bonnes intentions d'un régime corrompu n'est pas la meilleur des garanties. Dans le fond, ce sont des pourris, et ils le savent fort bien. Le cynisme est donc une ligne politique fort prisé par ces gens là. Ainsi, un membre de leur gouvernement, sur les ondes de France Inter, osa comparer les émeutes de 2005 en France (qui firent en un mois 6 morts, quelques blessés et une trentaine de voitures brûlés) aux troubles qui touche son pays (66 morts, des centaines de blessée “une cinquantaine à Tunis” et des pillages dans tous le pays).
Enfin bon... n'entrons pas dans un débat capable de déchirer la France et les délires les plus fou risquent de surgir ça et là. Ce n'est pas la peine de se taire, un scandale a éclaté à l'Assemblée Nationale mercredi. Plaçons une introduction : “La situation aujourd'hui, dit Ben Ali, nécessite un profond changement et de travailler main dans la main”, sous-entendu tous les Tunisiens, y compris les opposants politiques. Sauf que... il y a peu, il a fait interpellé, par la police, le chef du Parti communiste (interdit).
Donc, à l'Assemblée Nationale, enceinte dans laquelle siège des élus au suffrage universel par des citoyens membre d'une république “démocratique” dont la Constitution garantie les droits de l'homme et du citoyen, une ministre en fonction, Michèle Alliot-Marie, a osé proposé à Ben Ali le savoir-faire français en matière de sécurité intérieure.
“C'est la raison pour laquelle nous proposons [à la Tunisie] de permettre dans le cadre de nos coopérations d'agir pour que le droit de manifester puisse se faire en même temps que l'assurance de la sécurité”
Michèle Alliot-Marie, 12 janvier 2011
Michèle Alliot-Marie, lors de la séance de questions à l'Assemblée nationale, mardi 27 novembre 2007. AFP/FRANCK FIFE (photo prise sur le site du journal Le Monde le 14 janvier 2011)
Dois-je rappeller que cette assurance de sécurité ne va pas avec celui de pouvoir manifester librement. Lors des manifesations contre la réforme des retraites en septembre-octobre 2010, j'ai été témoin visuel des tirs de grenades lacrymogènes sur des gens qui n'étaient absoluement pas violent. Un police qui aurait pu massacrer les manifestants si on leur en avait donné l'ordre puisqu'elle occupait toutes les rues en enfilade.
Comment de telles méthodes peuvent-elles servirent à garantir la démocratie dans une dictature qui réprime dans le sang les troubles ? Les méthodes françaises permettraient de faire certainement triplé le nombre de morts et c'est à peu près tout... Enfin pas tout à fait. Après la Lybie, la Syrie et la Chine, c'est à la Tunisie que la France fait allégence.
Ce sont eux les “amis” du gouvernement Sarkozy. En effet, quels exemples !!! Le colonialisme latent d'un triste discours de Dakar ressurgit ici avec son lot de belles maladresses, de bourdes et d'incontinence public. Comment une ministre des Affaires Étrangères ose t-elle énoncer de tels propos ? Certains journaux Algérien ne se sont pas priver de faire le parrallèle avec les répressions par la même police française des manifestations en 1960 et en 1961. Les gens jettés dans la Seine sont bien une réalité...
Toutefois, les analogies avec le passé sont parfois improductive car déplacées. La police française d'aujourd'hui est quand même “plus sage” que celle du Général. Il n'en demeure pas moins que les paroles de la ministre mériteraient immédiatement un recours en justice ne serait-ce qu'au titre du respect des droits fondamentaux des individus : celui de manifester librement, de s'exprimer ouvertement, de manger à sa faim (la misère est réelle en Tunisie)... De plus, ce que je trouve honteux, c'est que son discours revient à cautionner les 66 meurtres qui ont été dénombrés depuis le début des affrontements, début décembre 2010.