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Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.

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L'élection présidentielle en Côte d'Ivoire

«Ce n'est pas qu'une élection. C'est la porte de sortie de onze ans de crise, de coups d'État et de guerre»

Laurent GBAGBO, entre les deux tours

 

 

     Concernant l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire j'ai mené ma petite enquête... Je l'avais déjà fait pour l'élection iranienne (La dictature iranienne...). Cela fait presque trois semaines que le verdict est tombé et que le pays s'enfonce dans la guerre civile. Si l'on veut prendre le problème en historien "classique" il faudrait se dire que les choses ont un début, un milieu et une fin.

 

L'ordre finit toujours par revenir pense l'historien Antoine PROST. La durée d'un fait d'actualité, mais d'un évènement historique en général, est rarement longue, et donc il faut en profiter au maximum pour essayer de prendre les bonnes décisiosn (si tant est qu'elles existent).

 

Comme je l'expliquais en parlant du passé avec Bergson (Le temps selon Bergson) la durée est multiple et c'est cette diversité qui change le temps en durée. Une durée qui se traduit par une conception mentale, la trame du temps.

 

Alors, quel est l'intérêt de tout cela pour parler de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire ? De meubler mes manques d'informations ? Oh non... En fait, c'est peut-être pour montrer comment on peut envisager de prendre un évènement très très contemporain lorsque l'on est historien. Certes, dira t-on, cela ressemble à du journalisme, mais ce n'est pas cela.

 

 

« La pratique du métier [d'historien], explique Antoine Prost, implique cette structuration du temps comme continuité, qui est la temporalité même du récit. »

Antoine PROST, 2000

 

      L'objectif de l'historien est de comprendre ce qu'il s'est passé. Dans la situation qui nous occupe, le président Gbagbo a décidé de ne pas reconnaître les résultats donnant vainqueur son adversaire, Ouattara. Une autre question est de savoir comment cela s'est passé et finalement, pourquoi cela s'est passé ainsi et pas autrement. Ce dernier point est important car il évite le déterminisme journalistique qui veut que les choses ne pouvaient pas être autrement.

 

Prost pense que l'histoire cherche les causes et les conséquences et donc qu'elle « embrasse » un temps plus long que celui de l'évènement. Ainsi, il propose de commencer par rechercher les conséquences afin de mieux comprendre les causes. Dans notre cas, nous avons des conséquences : celles du refus de Gbagbo de partir du pouvoir. En effet, les conséquences directes sont une montée de la violence avec des morts (une vingtaine) et des blessés.

 

Thucydide séparaient déjà deux types de causes : les causes profondes et les causes immédiates. Il faut se mettre en tête qu'aucun événement n'est inévitable. Pas de déterminisme s'il vous plaît !

 

      Le 21 novembre, à dix heures du soir, le président Gbagbo annonce l'instauration d'un couvre-feu, « sans en dire plus », précise une dépêche du Figaro. Seulement, voilà, a-t-il compris qu'il ne remporterait pas le second tour ? Très certainement, d'autant qu'il a l'appuie de l'armée. Ma première réaction a été de dire : « Il a sans doute promis des postes aux généraux en leur disant que sa victoire était certaine, et puis, manque de pot, ce connard a perdu. » Eh oui, c'est pas objectif, mais avec un tel personnage on peut pas penser autre chose.

 

SORO-Outtara.jpgA gauche, le premier ministre Guillaume, et à droite Ouattara

lors de sa prestation de serment le 4 décembre.

 

A-t-il voulu faire un petit coup d'État à la manière iranienne ? Peut-être... Le problème est autre part : les soldats de l'ONU sont sur place, l'armée française patrouille le long des côtes et les États-Unis ont annoncés qu'il ferait tout pour que les résultats soient respectés.

 

Gbagbo aurait-il senti le vent tourner, non pas du côté des électeurs, mais du côté de la communauté internationale. Depuis peu, la diplomatie africaine prend de plus en plus d'assurance et certains pays comme la RD Congo, auraient trafiqué de l'uranium avec l'Iran. Le géant américain veut-il reprendre les choses en main sur le continent africain ? C'est une possibilité, mais pas la plus probable...

 

Gbagbo a t-il eu peur de perdre en main une situation qu'il pensait avoir bien en main ? Peut-être... d'où la maladroite annonce de l'instauration d'un couvre-feu.

 

Pour garder le pouvoir, Gbagbo pouvait se reposer sur l'armée... On a vu ce que cela a donné... Une partie des hommes de troupes est pas très emballé par la guerre civile et tirer sur leur proche. Ainsi, l'utilisation de mercenaires étrangers qui ont tirés notamment sur des journalistes de France 3 qui avaient une caméra.

 

      Cote-dIvoire_Presidentielle_Ceremonie-dinvestiture-du-n.jpgGbagbo n'a pas tenu sa parole de reconnaître le vainqueur et il n'a sans doute pas prévu le soutien massif de la communauté internationale à Ouattara. Sur la photo on voit Gbagbo lors de son intronisation le 4 décembre. Tout cela a des effets plus que pervers puisque sa volonté de sortir le pays de la crise l'enfonce encore un peu plus dedans. Déjà plus de 6 000 personnes ont quittés le pays par peur de la guerre civile et l'ONU a reporté pour 6 mois le mandat de ses forces.

 

Ainsi, les premières élections démocratique, avec un débat entre les deux tours, tourne à l'émeute et à la guerre civile par une tentative de coup d'État, qui est pour le moins en train d'être étouffé... Gbagbo pris à son propre jeu ?

 

Antoine Prost explique que l'histoire politique est celles des erreurs et des réussites, celles des partis, celles des révolutions et celles des coup d'État. Elle met l'accent sur les décisions qui ont infléchi le cours des choses, changé la situation. Il y a un va-et-vient entre la force des choses et la responsabilité des acteurs.

 

Le moins que l'on puisse dire est que Laurent Gbagbo n'a pas compris où étaient la sienne, de responsabilité...

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