Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Le Fatah de Abbas, après les élections législatives de janvier 2006, refuse de reconnaître la victoire du Hamas, parti considéré comme “terroriste” par les occidentaux, entraînant des tensions dans les Territoires palestiniens. Peu après, dès le début du mois de février, une rumeur circule comme quoi la Russie aurait invité officiellement le gouvernement du Hamas. Poutine aurait même annoncé vouloir les inviter alors qu'il était en visite en Espagne. Ces propos, qu'ils aient été tenus ou non (en fait, je n'en sais rien), ont indignés les États-Unis et l'Union européenne. Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a été obligé d'appeler Candoleezza Rice et Javier Solana pour calmer le jeu.
Au printemps, à peine quelques mois après la crise politique, un haut responsible du Hamas est arrêté à la frontière palestino-égyptienne alors qu'il tentait de faire passer de l'argent dans la bande de Gaza au point de passage de Rafah. Sami Abou Zouhri cachait 639 000 euro en petite coupures sous sa ceinture. L'histoire fait immédiatement scandale à quelques jours de la rencontre prévue à Charm el-Cheickh entre Tzipi Levni et Abbas. Le malaise s'accentue au sein de la population palestinienne même si Abou Zouhri est rapidement relâché.
Zouhri aurait aussi affirmé que les forces de sécurité palestiniennes avaient confisqué l'argent. Julio de la Guardia, un porte-parole de la force d'observation européenne à Rafah a indiqué être “au courant” de cet incident avant d'expliquer que “ceux qui passent ici sont autorisés à être porteurs d'environ 2.000 dollars. S'ils ont plus, ils doivent le déclarer, dire quelle est l'origine de la somme et quelle est sa destination”. Sami Abou Zouhri n'avait bien pas déclaré cette somme aux autorités palestiniennes. “L'argent a été trouvé et confisqué”, a-t-il confirmé.
Le Hamas a de gros problèmes financiers depuis la suspensions des aides directes par les Étas-Unis et l'Union européenne. De plus, des heurts éclatents entre la police et la milice du Hamas cherchant à faire reconnaître sa légitimité “démocratique”. Les élections n'ayant pas été entachées de fraudes, il est évidemment incompréhensible de qualifier de “terroriste” une organisation à qui personne n'a donnée sa chance. Le Fatah déploie 3 000 hommes supplémentaires dans la bande de Gaza pour maintenir l'ordre. Le 18 mai, il y a déjà trois morts et le bilan va bientôt s'alourdir.
Les États-Unis réclament de suite au Hamas de placer sa milice sous le commandement du Fatah et de reconnaître l'autorité de Abbas. Avec la publication de documents de l'Autorité palestienne par la chaîne Al-Jazira en janvier 2011 la vision des évènements est quelque peu modifiée. En fait, loin d'être un groupuscule “terroriste”, le Hamas a été victime de la corruption poussant le Fatah à des concessions importantes en faveur d'Israël par la volonté des États-Unis. “C'est une situation très dangereuse. Il est aussi vrai que beaucoup de Palestiniens innocents sont pris dans les violences et la criminalité qui continuent d'être un problème dans les territoires palestiniens”, explique Candoleezza Rice, chef de la diplomatie américaine du président Bush.
Il est donc évident que dans ce contexte, les troubles remettent en cause le bien fondé des pourparlers de paix entre l'Autorité palestinienne et Israël. La victoire du Hamas n'était pas prévu et il apparaît aussi qu'il ne lâcheront pas la bande de Gaza malgrè les tentatives pour les destabiliser ou intimidé la population. Le gouvernement d'union nationale est lui-même compromis, même si Abbas (Fatah) et Haniyeh (Hamas) appellent à la retenue. L'unique objectif du gouvernement est de reconnaître Israël afin que celui-ci reconnaisse à son tour l'Autorité palestinienne, quitte à faire des concessions. Seulement, le Hamas juge que ces concessions ne sont pas conforme aux décisions des Nations Unis et exige le respect des frontières de 1967.
Devant un refus si catégorique, l'armée israélienne lance une attaque aéronavale sur la bande de Gaza en juin. Les frappes sont ciblés sur des personnalités du Hamas, mais les morts civils ne sont pas absentes. Au final, une dizaine de tués et au moins une vingtaine de blessés. Israël tente alors de calmer le jeu et décide d'ouvrir une enquête pour élucider des morts civils non prévus dans l'assaut initial. De toute façon, le mal est fait et les tensions entre la bande de Gaza et la Cisjordanie s'accentue laissant présager une scission. Haniyeh, sans doute dégoûté fait savoir son mécontentement quant à la possible reconnaissance d'Israël dans ce contexte. La crise a visiblement avantagé indirectement le Hamas, mais surtout l'État hébreu pour qui la reconnaissance de l'Autorité palestinienne n'est pas envisageable. Ainsi, en mettant Abbas dans une situation délicate il l'oblige soit à accepter les conditions d'Israël, soit à refuser le dialogue.
De source chinoise1, nous savons que depuis le 25 mai 2006, Abbas aurait lancé un dialogue national, invitant les factions palestiniennes à l'accepter avant le 5 juin au plus tard. Il aurait même laissé entendre qu'en cas d'échec du dialogue, il soumettrait cette proposition à un référendum sous 40 jours. Le Hamas, qui reste engagé à la destruction d'Israël, ne peut en aucun accepter une telle proposition qui est pour eux une provocation et, de plus, elle est largement considérée comme une reconnaissance implicite de l'Etat hébreu. Zouhri a donc, une fois de plus, réitéré l'opposition du Hamas à l'organisation d'un référendum dans les territoires palestiniens, affirmant : “Nous sommes prêts à la poursuite du dialogue et le référendum n'est pas nécessaire. Nous avons participé aux élections législatives il y a quatre mois, et nous n'avons pas eu peur, mais nous sommes opposés au référendum car nous sommes persuadés que le dialogue est un meilleur moyen” En fait, en niant que son groupe craint l'organisation d'un référendum, il montre que le Hamas n'est pas encore sûr lui et qu'il est surtout encore faible quelques mois après sa victoire aux législatives.
______notes_________________
1 http://www.french.xinhuanet.com/french/2006-06/06/content_262736.htm [consulté le 22 février 2011]