Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Les autorités britanniques font face aux émeutiers avec un manque de flegme, de sang-froid total. Le gouvernement réponds à la violence par la violence. M. David Cameron veut limiter l'accès à Twitter et Facebook, car selon lui, “la libre circulation de l'information peut être utilisé pour faire le bien ; mais, elle peut aussi servir à faire la mal”. Comme en France en 2005, un homme tué par la police provoque la colère de la famille et une marche d'hommage tourne à l'affrontement. C'était dans la nuit du 6 août. Le feu de pailles est vite lancée et la police, mal organisée, ne sachant pas répondre aux émeutes urbaines, va alors commettre des erreurs sur le terrain. Elle se laisse déborder dans les combats de rue.
La jeunesse européenne, en 2010 et au début de l'année 2011, a montré qu'elle ne voulait plus de ce monde là. Elle aimerait pouvoir étudier, traivailler, savoir que son avenir sera autre chose que le chômage, la misère ou l'incertitude. La crise en Grèce, les mauvaises finances américaines, le sursis de la France, de l'Italie ou de l'Espagne, ne laissent rien présager de bon. Pour les économistes c'est même la fin du système capitaliste, du moins celle de l'euro. Le gouvernement de M. David Cameron a augmenté les frais d'entrée dans les universités après avoir promis la gratuité. Les jeunes, brimés, se sentent abandonnés tout autant que les retraités.
Après le scandale Murdoch, dans un tel contexte international de crise sociale et financière, comment s'étonner du climat outre-manche. Ces émeutes prennent de cours les autorités en ce mois de vacances parlementaire. Ils cherchent à couper les communications. La vie chère, la pression sociale et le chômage sont pour la population une source d'inquiétude et d'incertitude concernant l'avenir. Qu'est-ce donc ces gens travaillant devant dormir dans la rue à cause des loyers trop cher ? Sommes-nous Europe, le riche continent de la planète ?
Pourtant, notre monde change et c'est un tournant historique. Certains pays de cette Union européenne, espoir de rempart contre la guerre, sont totalement sous dépendance financière de la Chine. Cette Chine, avec ses 2 milliards d'habitants et son gouvernement capitalo-communiste, reproche aux États-Unis d'Amérique de devoir payés une partie de la dette américaine. Dans quel monde vis t-on ? Il est une certitude : nous sommes entrés dans le XXIe siècle. Un nouveau crach boursier a été évité de justesse il y a quelques jours, mais cela met sous pression la France, l'Italie et l'Espagne. L'Italie a d'ailleurs adopté un plan de rigueur. C'est une dernière tentative, un dernier combat avec l'énergie du désespoir pour nos élites cherchant à garder leurs privilèges financiers.
Le gouvernement britannique, pour expliquer les violences, avancent, avec la même hypocrisie que les autorités française en 2005, que les quartiers touchés regorgent de gang et de mafieux. M. David Cameron aurait même fait appel à un “superflic” américain, connu pour la lutte anti-gang. L'État britannique serait-il totalitaire, réprimant des jeunes armés de leurs poings, de batte de baseball ou de barre de fer, certes, mais avec des méthodes anti-gang. Un gang, pourtant, c'est une organisation hiérarchisée, indépendante, luttant contre la police, pouvant se battre jusqu'à la mort. Sont-ce des pilleurs, des casseurs et des excités ne prenant pas même les précautions de se cacher le visage pour ne pas être identifiés par les caméras, qui vont se battre jusqu'à la mort ?
L'absurdité, l'ambiguité de nos régimes “démocratiques”, ressemble fort à cette démocratie athénienne bourée de complexe qui, à la fin du Ve siècle et au IVe, verra fleurir les procès politiques. Pour lutter contre des violences causées, pour le gouvernement, par des bandes organisées aux tendances mafieuses, la limitation de la liberté d'expression est légitime. C'est scandaleux, pourtant, que cela. Ainsi, David Cameron se met en non-conformité avec le droit européen. Les mises en garde des autorités de l'Union européenne ne changent rien, tout comme elles ne firent rien lorsque la France expulsa de son sol les Roms.
Bien sûr, il convient de relativiser les violences en tenant compte, comme ce fut le cas en France, des voitures brûlées, des magasins pillés et de la peur des gens. Si la colère des jeunes, des gens est légitime car elle vient du désespoir, elle n'excuse pas les violences. Les commerçants ne sont pour rien dans les décisions prises par le gouvernement britannique et les voitures brûlées empêcheront peut-être des habitants honorable d'aller travailler le lendemain. En cela, ces violences ne sont pas admissibles. Pourtant, la réponse du gouvernement ne l'est pas non plus. Un climat de guerre civile ne sauve pas un pays de la tension sociale qui règne en lui. En ce sens, le couvre-feu, utilisé en 2005 en France, est une honte.
La population londonienne est partagée entre parler de vandalisme ou compatir pour les émeutiers, qu'ils comprennent et auxquels ils ne peuvent pas reprocher d'avoir céder à la violence. La police française a même fait une leçon de morale aux autorités britanniques. Cette diplomatie de l'autoritarisme, oeuvre d'un État policier, rappelle curieusement une certaine Alliot-Marie et sa proposition d'aide à Ben Ali. Les mots sont fort, mais les politologues sont unanimes, la dérive de la démocratie moderne c'est la dictature de la mojorité, l'État policier prenant le pas sur l'État providence.
Toutefois, lorsque l'on connaît l'efficacité des Compagnies républicaines de sécurité, il est tenu de sourire. La vantardise des autorités françaises masquent mal la peur de revoir cela se produire. Il est certains, malgré tout, que la stratégie “militaire” des CRS, avec des équipements adaptés, n'a rien à voir avec les bobbies mal équipés, souvent débordés, incapable de tenir une rue. Ils ne peuvent pas empêcher les pillages des magasins la nuit et les commerçants doivent barricader eux-mêmes leur devanture, dans l'espoir de la trouver intact le lendemain. De plus, les autorités britanniques manquent d'effectifs, les unités de police étant divisés dans le pays.
L'ambassade de Grande-Bretagne en France parle de la fin du “dialogue” qui permettait, avant, de régler ce genre de “problèmes”. La crise est passé par là et l'incapacité du gouvernement britannique aussi. Les Londoniens concèdent que les structures sociales existentes avant la crise ont disparues, laissant une jeunesse livrée à elle-même, en perte de repères et de buts à poursuivre. Cette incertitude de l'avenir, cette angoisse du présent, cette vie presque au jour le jour et parfois cette nostalgie du passé, ne peut créer que du ressentiment et un malaise. Ce malaise social dont parle le Nouvel Observateur, dont je parlais lors des blocages de lycées et d'universités en automne 2010, touche toute l'Europe. Ce n'est pas, et ce ne doit pas être anodin. Les gens s'en prennent à l'autorité et à la société de consommation. Ils attaquent les forces de l'ordre, les sièges des partis politiques et les magasins.
Cette colère contre l'État et le système capitaliste laisse la porte ouverte aux pires dérives. Dans ce contexte nous ne devons pas négliger l'Histoire et devons plutôt repenser à ce que donna 1929. La crise de 29 donna la Seconde Guerre mondiale. Le populisme ou le consevatisme, l'extrême-droite elle-même prend du terrain en Europe. Le cas de la Hongrie, avec la limitation de la presse ou les pressions sur l'opposition, annonce une tendance dangereuse. Veut-on vraiment de cela dans une Europe pacifiée, qui n'a connue de guerre que dans les Balkans ? Fermer les frontières, revenir sur l'euro, serait un recul en arrière très préjudiciable à la paix, mais surtout – et c'est le plus important – à la démocratie.
En Israël, pays colonialiste et autoritaire, les jeunes ont manifestés pour plus de justice sociale. Les conséquences de la crise amènent les gens dans la rue même dans les démocraties les plus “dures”. En Europe, les problèmes, profondément ancrés, ressurgissent au premier prétexte venu et à la première injustice ressentie.