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Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.

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La recherche historique...

Je me suis décidé à vous révéler quelques instant de ma passion pour l'Histoire en vous plongeant dans mon monde, dans mon univers si vous préférez. C'est un scoop, car, c'est une évidence, les articles de ce blog sont des produits prêts à être vendu si l'on veut...  Il en va de même pour mes écrits en dehors des exposés et autres exercices de recherche qui sont demandés à l'université. Il y a le produit, rendu plus ou moins parfait, et il y a l'envers du décor, la phase d'élaboration. Cette phase est inconnue de tous, même de mes collègues de la fac. En effet, et ce n'est pas un scoop, chacun possède sa manière de travailler. Au final, les résultats sont différents, et les miens restent souvent en deça de mes efforts. Je travail beaucoup, pour des résultats souvent décevant. Mon 13 en histoire moderne, à l'oral, passe très mal. Je ne l'ai pas encore digéré. Nous sommes le 8 août 2010 pourtant. En fait, je crois, le travail de chercheur en science humaine, d'enquêteur en quelque sorte, n'est pas le métier le plus facile, ni le métier le plus "cool" qui existe. C'est passionnant, mais éprouvant, presque autant qu'un travail manuel. Les gens se disent qu'il suffit de lire, d'aller s'amuser dans les archives à consulter de vieux papiers, à élaborer deux trois questions clés, et le tour est joué. Le problème c'est que ça ne marche pas comme cela... ce serait trop simple.  

J'aime ce travail... C'est une passion, mais pas seulement. Il faut savoir, avant toute chose, que pour moi c'est un travail qui sert la société. Certes, préparer un exposé oral pour le présenter devant la classe dans un amphi, ne va changer la précarité dans le monde... Seulement, pour ceux qui savent que la liberté s'obtient en se battant, s'obtient en résistant, il y a la naissance d'un sentiment qui est vital pour vivre, c'est-à-dire l'espoir d'un monde meilleur. Ce n'est pas grand chose à première vue, seulement, l'histoire, comme d'autres sciences, n'a pas une vertu uniquement social, érudite, mais elle a aussi une utilité publique, politique. C'est un contre pouvoir puissant, très puissant. Les Français l'oublient, car ils pensent que le passé ne sert à rien. Le pouvoir actuel tente de supprimer l'histoire... il a tenté de le faire. Il clame aujourd'hui qu'ils ne toucheront pas à cette discipline. Pourquoi ? Simplement parce que les historiens et de nombreux scientifiques ce sont "révoltés" contre cet assassinat. Défendre la liberté d'opinion en histoire est un rude combat. Pour moi, et c'est pour cela que je vous en parle, c'est une prémisse capital pour comprendre le fonctionnement et l'état d'esprit d'un chercheur. Il cherche pour transmettre, et cela c'est une tradition française très forte et inscrite dans l'institution universitaire. Il sera très dur pour un gouvernement d'y toucher, car même des historiens actuellement de "droite" ne dérogerait pour rien au monde à cette liberté de la recherche.

Comment ouvrir mon explication sur la recherce proprement dite ? Comme je ne suis pas un "bon" chercheur, c'est-à-dire que je ne sais pas soulever les vrais problèmes d'une question ou d'un sujet, je ne peux pas affirmer ainsi des choses sur mon travail. Toutefois, je penses que la recherche historique commence par s'intéresser à l'actualité politique notamment. Pourquoi ? Simplement parce que cela forge un esprit critique plus ou moins intéressant, mais nous permet de peser le pour et le contre sans entrer dans des positions radicaliste. Il y a des gens, et c'est malheureusement souvent le cas de nombreux Français, qui défendent leurs idées en étant persuadés que ce sont les seules bonnes idées. Or, il ne vont pas voir chez le voisin... il ne comprennent pas le voisin. Jamais un communiste n'ira se demander pourquoi un nationaliste ces idées plutôt que d'autres... Non, il dira tout simplement que c'est un dangereux nazi, raciste, antisémite... Comprendre l'autre, permet déjà de répondre aux attaques en connaissance de cause. Combien de fois mes proches me sont tombés dessus lors d'une discussion en remettant en cause simplement parceque, pour eux, je veux tout savoir, tout connaître, et donc je dis le contraire de ce qu'ils avancent pour le plaisir... Règle n°2 du chercheur : l'affirmation de la vérité. Lorsque quelqu'un sort une énormité ou une erreur minime sur un sujet quelconque - et cela est plus fort que moi, désolé - je vais le lui faire savoir.

Affirmer la vérité nécessite d'être certain de ce que l'on avance. Et là, pour tous ceux qui ne font pas de recherche c'est difficile à concevoir. Alors quand mon frère hausse le ton quand je commence à parler de l'origine des espèces, affirmant que l'homme est un singe et non le descendant du singe, c'est l'exemple typique du dénis de la vérité, de l'aveuglement, ou tout simplement, restons gentil, du manque de connaissance. Je n'irais personnellement pas contredire mon père lorsqu'il parle d'astrophysique. D'abord parceque je n'y connais rien. Ensuite, parcequ'il a lu des livres et des articles sur cette discipline, par ailleur passionnante, que moi je n'ai pas. Si vous voulez, dans le jargon universitaire, disons que je suis restés à l'état des préjugés dans cette discipline. Ce que je connais, c'est ce que n'importe qui pourrait connaître sans allé même faire des recherches un tout petit peu poussées sur Google. Nous arrivons à la règle n°3 : pour affirmer la vérité dans un domaine, il faut avoir fait comme Descartes. Il faut oublier ce que l'on sait et repartir de zéro. Pour affirmer, par exemple, qu'Onfray est un philosophe du dimanche dans certains de ses livres plus qu'un vrai chercheur, j'ai tenté d'apporter des preuves. Il ne faut pas tomber, comme lui, dans une affirmation de la vérité qui soit fondé sur des a priori, sur des préjugés et sur des idées reçues. Le problème du dernier livre d'Onfray, L'affabulation freudienne, c'est qu'il tombe dans ce travers là. C'est cette démarche intellectuelle qui est, n'ayons pas peur des mots, perverse et malfaisante.  Pour affirmer la vérité il faut déjà remettre en cause ces préjugés et idées reçues que l'on a sur un sujet ou sur une discipline.

"Il est donc impossible de connaître la vérité puisqu'il est indigne, pense Arcésilas, d'accepter quelque chose de faux ou d'inconnu. Son objectif est d'argumenter contre les opinions de chacun, car tout est objet de recherche. N'est-ce pas, comme le souhaite Jaurès, une lutte contre les idées reçue, contre les préjugés ? Arcésilas doute en permanence, n'affirme jamais rien sur quoi que ce soit, mais il favorise le débat d'idée. Par ailleurs, être capable de suspendre son jugement est une bonne chose. (...) La seule chose qui compte réellement étant la recherche de la vérité, du vrai pour être plus précis. Pour trouver le vrai, il faut argumenter pour et contre, il faut débattre, admettre l'existence des idées adverses. Ainsi, nous pourrions dire de la pensée d'Arcésilas : "elle n'a besoin ni qu'on diminue ou rabaisse injustement les adversaires, ni qu'on mutile les faits" (Jaurès). Pour Arcésilas c'est donc la raison qui travail, l'auditeur se forgeant sa propre opinion en connaissance de cause. Il faut être convaincu et non convaincant. En cela, Arcésilas, en s'opposant assez subtilement aux sophistes, permet à chacun de juger sainement une idée." La reprise de mon précédent article sur ce philosophe grec de l'Antiquité est éloquant. Il faut être convaincu et non convaicant. Onfray sait être convaincant, est-il convaincu du bien fondé de sa démarche ce n'est pas sûr. Il dit lui-même croire ce qu'il dit puisqu'il ne le nie pas. Il se ment à lui-même et à ses lecteurs. C'est une des pires dérives dans laquelle quelqu'un qui se fait passer pour un historien et pour un philosophe, puisse tomber.

Après cette mise au point, un peu barbante je sais, mais ô combien nécessaire, je vais passer à quelque chose de plus intéressant : la recherche en elle-même. Pour ma part, il me faut du temps pour rédiger un texte en réponse à sujet demandé pour un exposé par exemple. Si je vous donne un exemple, pour rédiger les deux articles sur Eudes et Charles III, j'y ai passé plusieurs heures. Cela ne paraît pas, car, à la lecture, on se dit que c'est facile : il va [donc moi] dans les bouquins, il sort les phrases qui parle de son sujet, et il rédige son article. Non, non, et non ! Cela ne marche pas ainsi. L'article sur Hegel a nécessité également plusieurs heures de travail, et il n'est pas un réel article de philo, c'est plutôt une réflexion suite à une lecture. J'ai lu plusieurs pages de La Raison dans l'histoire pour écrire cette article. Ce n'est pas une divagation ou une interprétation personnelle. Ainsi, règle n°4 : lire les livres ou des extraits de livres des auteurs dont on prétend parler. Seulement, la règle n°4 ne va pas sans la règle n°5. Celle-ci est plus déliquate et touche particulièrement à tout ce que j'ai dit depuis le début de l'article. Elle touche à la question de l'interprétation. Un historien, un chercheur en général, ne peut affirmer quelque chose sortie de nul part. C'est une règle fondamentale, propre aussi au journalisme. Seulement, il y a la question de l'interprétation qui arrive. Juger un fait, donner son point de vue, quand on est historien, n'est pas anodin.  Il faut citer ses sources, déjà, ensuite il faut juger de la pertinence de ces sources (en fonction de l'auteur, de leur contenu, de leur nature, etc.) et enfin il faut proposer une critique de ces sources. Il faut dire ce qui est intéressant, ce qui relève de l'excès, etc. Le travail d'un chroniqueur comme Richer, au moyen âge, par exemple, est à prendre avec des pinçettes. Non pas parceque ces sources ne sont pas fiables (quoique...), mais parcequ'elles sont orientés. Lorsqu'il fait l'éloge d'Eudes sans lui trouver un défaut, il faut se méfier.

Nous avons déjà parcouru un grand chemin. De la remise en cause des préjugés, nous en sommes arrivé à la critique érudite des sources. Dans son essai, La sculpture de soi, Onfray, encore lui, ne fait pas preuve d'un esprit de chercheur. Il cite des noms, des titres d'oeuvres, mais il n'y a aucune bibliographie, disons de type "universitaire" dans son livre, et presque aucune citation. C'est très maigre. Nul part, il ne dit que son livre est en fait une sorte d'autobiographie dans laquelle il se sculpte justement, et dans laquelle il expose son érudition sans s'effacer derrière celle-ci. Pour un chercheur scientifique c'est insupportable. Il en va de même pour moi. Je ne supporte pas cette exposition de ses connaissances. Il ne m'est jamais arrivé d'exposer ainsi mes connaissances. Pour bien faire comprendre cela, un exemple. Lorsque je démontre quelque chose, je m'appuie sur des livres, sur des auteurs, mais jamais je ne dirais : "J'ai lu 3000 pages de Freud, plus 3000 pages sur Freud" (Onfray). Aucun  historien professionnel ne fait cela, et je dis bien aucun. Certes, il suffit souvent de lire un livre d'histoire pour se rendre compte de l'érudition de l'auteur, mais, le plus souvent, et j'en très admiratif, il va parler de son sujet comme quelque chose de naturelle. Le livre de Tzvetan Todorov, chercheur au CNRS, L'Esprit des Lumières (2006), en est le parfait exemple. La lecture et la compréhension sont facile, la réflexion de l'auteur excellente, et pourtant jamais il n'apparaît dans son livre. Cela signifie, concrêtement, que l'on suit une réflexion, une pensée, mais tout en ressentant, de la part de l'auteur, un grand respect pour les érudits, philosophes, scientifiques, etc, qu'il cite dans son livre. Le mot respect est important. Nous aboutissons ainsi à la règle n°6 : respect des auteurs, même ceux avec lesquels on est en désaccord. Une prof de socio de la fac nous a fait un cours en commençant par nous dire qu'elle n'avait aucune sympathie particulière pour les auteurs qu'elle nous faisait découvrir, mais qu'elle se devait de nous les faire connaître, car ils sont incontournable. C'est un discours que j'aime bien, car je me reconnais un peu là. En histoire, il y a de nombreux sujets qui ne me passionnent pas, et pourtant, à chaque fois, j'ai mit autant de passion à travailler sur ces sujets que sur les autres.

Vous aurez compris que la recherche historique, mais la recherche en général, implique certaine règles. Les érudits du XIXe siècle, et notamment le fameux manuel de Langlois et Seignobos, Introduction aux études historiques, se sont penchés sur ces questions de méthodes. Trouver des lois scientifiques appliquées à l'Histoire. Aujourd'hui, il y a des règles plus que des lois. Comme il y a des règles au théâtre, il y en a en histoire. Donc, après avoir montrer que l'Histoire sert à la société car elle cherche la vérité, nous avons montré qu'elle  permet de lutter contre les idées reçues... Ensuite, nous avons vu qu'il faut être capable d'avoir un esprit critique... Peser le pour et le contre, respecter les auteurs que l'on lit, même ceux que l'on aime pas... C'est cela la démarche d'un chercheur, en histoire, mais en science humaine en général. Il y a, après tout cela, la rédaction de ce que l'on a découvert. C'est la règle n°7, suffisamment importante pour constituer un point à part. Comment dire ? Mettre en forme ce que l'on a appris est la chose la plus difficile et la plus longue. Cela on l'oublie souvent lorsqu'on lit un article par exemple. Trouver un plan n'est pas le plus simple des exercice, et je suis fort médiocre dans ce domaine. Cela m'a value des très mauvaise note. Souvent, et j'en suis déjà content, on a salué mes connaissances, mais comme ma pensée n'est pas structurée, elle n'a souvent aucun sens. Règle n°7, donc : la structuration de nos connaissances. Les historiens du XIXe siècle étaient les champions, à mon sens, de ce soucis de structuration. En effet, car avec la structuration nous avons une nouvelle règle, la n°8, c'est-à-dire la clarté des propos. Trouver un bon plan, structurer sa pensée, nécessite de la transmettre avec autant de clarté que possible. L'emploi d'une langue riche mais accessible devient nécessaire. Cette règle n°8 est très peu défendue par les historiens de métier : la vulgarisation de la recherche. Cela implique donc d'être compris par le plus grand nombre de gens. La vulgarisation n'implique pas non plus que le chercheur doit tout expliquer. L'extrait du livre de Todorov que je cite dans le blog est un exemple de vulgarisation scientifique. Il est clair que celui qui ne sait pas ce qu'est la raison et l'expérience en philosophie, ne comprendra pas, mais au moins, Todorov peut être ici compris par des élèves de terminale générale, c'est-à-dire ayant 17 ou 18 ans. 

Pour finir, récapitulons les huit règles, et seulement les huit règles qui me semble à moi indispensable :

1° - La recherche historique est utile à la société.

2° - Elle permet d'affirmer la vérité,

3° - mais aussi de lutter contre les idées-reçues.

4° - lire les livres ou des extraits de livres des auteurs dont on prétend parler.

5° - faire une critique rigoureuse de ces sources.

6° - respecter les auteurs, même ceux avec lesquels on est pas d'accord.

7° - structurer nos connaissances.

8° - vulgarisation de notre recherche. 

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