Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
L'élection présidentielle apparaît comme une période particulière de la vie politique française. Pour moi, jeune citoyen, jeune étudiant, cette élection 2012 va marquer l'adulte en devenir que je suis. Affirmer des opinions politiques tranchées, c'est-à-dire qui font sens, qui prennent sens dans une certaine « famille politique », lorsque l'on a 22 ans, c'est parfois mal acceptée. Souvent, je l'ai entendu maintes fois, alors même que je ne suis membre d'aucun parti, militant dans aucune association, « avoir des opinions si jeune, c'est penser comme ses parents ». Une personne que je déteste m'a humilié en disant cela : « Tu n'es pas capable de penser par toi-même, tu as les mêmes idées que tes parents ». Cette personne est militariste, xénophobe, pense que je devrais faire l'armée parce que cela fortifie l'esprit. Seulement, cela me révulse en tant qu'individu. L'homme que je suis ne peux accepter les propos de cet autre homme parce qu'ils sont en contradictions avec mes valeurs, avec les bases de mon éducation, c'est vrai, mais aussi avec mon expérience, ma réflexion personnelle, c'est-à-dire finalement, avec ma personnalité. C'est cela la personnalité : être soi-même par rapport aux autres. En démocratie, ça prend tout son sens. Abolir la personnalité, c'est abolir l'individu et mettre en avant le collectif en tant que personnalité. Cette vision des choses est dangereuse. La concrétisation politique de cela n'a jamais fonctionné sur le long terme jusqu'à aujourd'hui. Un individu dans un collectif doit avoir le droit à la parole, le doit d'exprimer son point de vue.
Aujourd'hui, pour cette élection présidentielle particulièrement, j'ai le sentiment que ce droit a la parole est contestée par les « gros » partis politiques, c'est-à-dire le PS et l'UMP. Les autres ne peuvent s'exprimer que dans les cadres définis par la loi, mais lorsqu'ils parlent, leur propos sont jugés comme creux, sans valeur. Le moi disparaît avec la personnalité. Poutou, Arthaud, Cheminade ou Dupont-Aignan n'auraient pas le droit d'être des personnalités politiques comme les autres simplement parce que leurs idées sont minoritaires au sein de l'électorat ? La personnalité politique se construit par l'image qu'elle renvoie. Si le candidat ne parvient pas à se créer une « image » de présidentiable, il ne doit pas être candidat. Dans ce cas, qui peut juger les dignitaires de la fonction présidentielle ? Les médias se sont arrogés ce droit. C'est regrettable, car la médiatisation est une chance pour les petits partis d'exprimer des idées qui sont une richesse pour la démocratie. Ces idées devraient servir pour l'enrichissement de la culture politique française, mais surtout pour permettre le débat d'idées. Il n'y a jamais de débats d'idées en France, si ce n'est des show dans lesquels le ou les journaliste(s) interroge(nt) un candidat, puis un autre, et enfin il y a une petite confrontation, mais c'est pour descendre l'autre. Porter des idées, les incarner n'est pas important. Les débattre encore moins. Il faut paraître les porter pour être crédible, ce qui est tout différent, et fort dangereux. Comme il suffit de paraître, c'est-à-dire d'illusionner son électorat, il n'est pas nécessaire de tenir ses promesses une fois élu. Sarkozy l'a fort bien compris en 2007 et il joue une carte encore plus perverse en 2012 : celle du « repentir » comme principale idée porteuse d'une campagne.
En fait, là ou Sarkozy gagne des points, c'est dans sa capacité à mobiliser les gens sur de l'émotionnel. « J'ai fais des erreurs, mais vous allez voir, j'ai changé, j'ai vieilli, je suis devenu plus sage... », mais, dans ses discours en eux-même il prévoit les pires régressions démocratiques. L'illusion fonctionne puisqu'il rattrape Hollande dans les sondages. Certes, il ne faut pas s'y fier trop car certains sondages sont des commandes de l'Élysée, mais il convient de noter le phénomène. Ajoutons que le manque d'égalité entre les candidats n'est pas non plus un point positif pour la démocratie française. Lorsque la candidate écologiste, Joly, mène campagne avec le budget d'un meeting de Sarkozy, à peu près, comment peut-on dire que les candidats jouent dans la même cour ? C'est un non sens et une démocratie au rabais que celle-là.
L'image que donne la présidentielle est regrettable, car l'argent et le paraître suffiraient presque à faire gagner celui qui est le plus fort dans ces deux domaines. Heureusement, il n'y a pas que cela qui rentre en ligne de compte dans une élection. Toutefois, Mélanchon remonte dans les « sondages » et dans la mobilisation réelle à ses meetings, parce qu'il incarne une certaine « image de la gauche ». Je dois dire, personnellement, que je suis assez favorable au Front de Gauche du fait de cette capacité à rendre enfin à la gauche une véritable vision d'avenir fondée sur une volonté révolutionnaire. La création d'une Sixième République, inscrit comme priorité dans un programme, ce n'est pas la volonté de continuer dans la même ligne que celle des prédécesseurs, mais c'est l'affirmation d'un changement, d'une refonte totale de nos cadres politiques souffreteux. Pour autant, le regard de l'historien est plus nuancé car les références de Mélanchon sont celles de la Révolution française, mais sa manière de faire de la politique est très proche du XIXe siècle. La référence à Jaurès, avec cette vision des meetings en pleine aire auxquels assistaient plusieurs milliers de personnes, s'est concrétisé avec son coup d'audace de la Bastille. Qui aurait pu imaginer que cela fonctionnerais ? Je suis sûr que la surprise des membres du service de campagne de Mélanchon n'était pas feinte.
Devant cette force montante, avec l'essoufflement de Hollande et le dynamisme de Sarkozy, l'électeur peut se sentir perdu. Le Pen radicalise son discours, cherche à récupérer son électorat à sa droite, s'enferme dans ses idées nationalistes et perd peu à peu de sa « crédibilité » politique. Quant à Hollande, son parcours est une parfaite illusion des « erreurs » que peut faire un électorat entraîné par l'illusion d'un avenir plus radieux, d'un véritable changement. Hollande a promis cela avant les Primaires socialistes, à laissé croire cela. Tout dans le paraître. Les leçons de Mitterand lui ont été précieuses. Hollande a fait la même chose que Mitterand avec les communistes. Il a trompé sa gauche, laissé croire qu'il était prêt à des concessions. Il n'a rien fait et son programme n'a rien d'un programme de gauche, au sens de révolutionnaire, de progressiste. Il est conservateur son programme, irréaliste aussi dans la mesure où il promet des choses qu'il ne tiendra pas, ou ne pourra pas tenir du fait même de son orientation politique. Son obstination à vouloir sauver le système économique et à vouloir conserver l'Europe telle qu'elle est actuellement, en dit long sur sa mentalité. Certes, il n'est pas Sarkozy, me dit-on. Oui, mais il pense pareil, sauf qu'il le dit différemment. Ses discours, en apparence, sont ceux d'un protecteur de la république, comme il vient de nous en faire la démonstration à Mayotte. C'est le « bon républicain » de la Troisième République qui fonde son image sur la stature et sur la capacité, du moins en apparence, à négocier avec les gens de la même famille politique, mais pas du même camp. Son accord avec les Verts n'est rien d'autre, de mon point de vue, que cette affirmation républicaine. Comme je ne suis pas dans l'équipe de campagne de Hollande, je ne sais pas si cette impression est quelque chose de conscient ou non, mais je ne pense pas.
De manière générale, les références à la Ve République se superposent parfois avec celles de la IIIe. Sarkozy joue la carte de Giscard et Hollande de Mitterand. L'élection de 81 se rejoue en 2012 d'une certaine manière. Giscard avait créé la « rupture » en sortant du cadre gaulliste. Il n'a pas été réélu. Sarkozy a joué la carte de la « rupture » avec Chirac et donc avec tout un courant néo-gaulliste qui n'avait pas disparu. Il a surtout rompu avec une manière de faire de la politique, c'est-à-dire à la française, en se basant de manière claire sur le modèle anglo-saxon. La campagne de 2012 a intégré la dimension médiatique de la présidentielle de 2007 comme un facteur déterminant, tout en revenant aux meetings comme démonstration de force. En cela, Mélanchon est pour l'instant le meilleur, même si la prudence des français face au changement, au vrai changement, est parfois difficile à saisir. La peur de 2002, peut-être même la volonté de ne pas se « tromper » comme en 2007 – même si beaucoup ont la mémoire courte – est un point capital pour comprendre la campagne présidentielle de 2012. C'est mon analyse, toute relative, mais je crois sincèrement qu'elle est historiquement très importante et le vote des Français va être capital pour la suite.
La réélection de Sarkozy démontrerait que la démocratie française à un grave défaut : elle n'est pas capable de se remettre en question, de se poser les bonnes questions. L'élection de Hollande montrerait autre chose : la volonté de changer d'orientation politique tout en conservant la même ligne politique que Sarkozy, c'est-à-dire la défense du système libérale et du capitalisme financier. C'est le vote « utile » à la bonne conscience des gens, mais ce n'est pas le vote qui changera la démocratie, c'est-à-dire qui l'améliorera, rendant la voix au peuple, mais surtout en lui donnant la capacité de débattre, d'avoir des idées, de se construire une personnalité politique moderne à l'aube du XXIe siècle, enterrant définitivement la république gaullienne, celle de l'ordre et du paraître. De Gaulle, malgré tout, donnait de lui une image que les historiens n'ont pas. Ce qu'il a fait, ce qu'il a pensé, c'est la grandeur de la France, celle de l'Europe, un peu, mais toujours dans l'intérêt de son pays. Il faut apparaître comme une grande puissance aux yeux du monde. Sarkozy a été influencé par cela dans sa médiocre politique internationale, en comparaison avec le Général, et surtout en comparaison avec Villepin sous Chirac. Ce que je veux dire, c'est que l'électeur doit se méfier du paraître, mais il doit regarder chaque personnalité, chaque individualité, écouter ce qu'ils ont à dire, confronter ses paroles avec celles des « adversaires », et puis finalement se faire un jugement. Surtout, ne pas se laisser porter par ses impressions en pensant que l'émotion suffit pour qu'un candidat soit finalement le président qu'il faut à la France. Le discours compte, les idées comptes !!