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Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.

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Le Printemps arabe pour Jean-Pierre Filiu

Les tortures en Syrie sont horribles et Jean-Pierre FILIU, professeur arabisant à Sciences-Po, en dénonce l'inventivité. Enfermer les gens dans des cercueils que l'on a cloué, les pendre à des crocs de boucher, etc, ne sont pas là des actes dignes de l'humanité. Après cela, peut-on toujours éviter, refuser la comparaison avec les pratiques des pires dictatures européennes de la première moitié du XXe siècle ? Toujours est-il que cette Révolution dans le monde arabe n'est pas unifiée, mais elle repose, dans chaque pays, sur des volontés différentes. Néanmoins, le fondement est le même : la volonté de révolutionner la société dans laquelle ces « révoltés » vivent. Avant, les dictatures étaient facilement caractérisés, avec un leader et son entourage. En fait, en Tunisie et en Égypte, par exemple, nous trouvions une société très hiérarchisée, un pouvoir souvent militaire et une absence d'opposition politique (ou alors elle est symbolique). De manière plus globale, les Occidentaux, que ce soit les chercheurs ou même les hommes politiques, avaient une vision extrêmement lacunaire de ces sociétés. Cela explique en partie la stupeur des politiciens européens devant la brusque révolte qui a éclatée en Afrique du Nord. Une « révolte » qui était en fait une « révolution » et cela permit la démission de Michèle ALLIOT-MARIE.

 

L'Égypte est un pays qui passionne les Français depuis l'expédition de BONAPARTE en 1798. La Tunisie abolit l'esclavage en 1846, deux ans avant la France, avec un pouvoir des Beys qui reste très avancé. En fait, c'est la colonisation qui va freiner l'apparition des États modernes en Afrique du Nord. Des États qui n'avaient rien à envier aux Européens au milieu du XIXe siècle. Ce sont les nations arabes qui sont en train de naître. C'est la même chose en Europe avec la suite du Congrès de Vienne, en 1815, qui affaiblit les grands empires continentaux et permet l'émergence des États-nations. Les Britanniques ont réprimés dans la violence, avec des centaines de mort, des actes des plus pacifistes. De plus, les monarchies arabes étaient constitutionnels, pluraliste, avec une presse très développé. Les gens en gardent un bon souvenir et les Libyens qui mettent en avant le drapeau de la royauté n'est pas un hasard. Ce sont des citoyens dans leurs manières de penser la politique. Est-il si étonnant qu'autant de Tunisiens et d'Égyptiens connaissent autant la politique internationale ? Ce n'est pas le fait de la dictature cela, mais c'est inscrit dans une culture car nous savons bien, en France, que ça ne s'acquiert pas en quelques années, mais c'est un processus de plusieurs décennies.

 

Les prédécesseurs des dictateurs qui sont tombés, où vont bientôt tombés, étaient attirés par le pouvoir et non pas l'argent. Ils tuaient, mais tuaient leurs opposants. Le père de Bachar AL-ASSAD a rayé une ville entière de la carte car elle s'opposait à son régime. Seulement, un degré nouveau est franchit. Bachar AL-ASSAD se comporte comme un « tyran » : il a obtenu le pouvoir de son père (hérédité) en détournant la Constitution et il donne à son peuple ce qu'il consent lui donner (absolutisme). KHADAFI n'était pas bien différent, avec son Livre vert, d'un LOUIS XVIII qui octroi la Charte a son peuple en 1814. Le Roi reste l'intermédiaire entre Dieu et le Peuple. Bien sûr, cette idéologie n'est pas transposable totalement dans les pays arabes contemporains, mais il existe des similitudes. Toujours aujourd'hui, leur conception familiale et leur conception de l'avenir, ressemble aux pays Occidentaux. Seulement, cela n'est pas notre fait, à nous Européens, mais c'est une construction interne à ces pays, à ces sociétés. On a une sphère protestataire en Afrique du Nord, consolidée par la volonté révolutionnaire dont l'objectif est de libérer la nation du despote.

 

En Libye, FILIU montre la brutalité de la répression de KHADAFI. La France a bien fait d'aider les Libyens car ce sont eux qui ont libérés leur pays, en mourant pour leur cause. La guerre civile c'est prendre le risque de voir émerger des figures, des leaders. La démilitarisation est une obligation et le CNT l'a compris. Dès lors, l'intervention internationale a permis d'abréger ce qui aurait pu prendre plusieurs années, comme cela risque de se passer en Syrie actuellement. Il faut ajouter que tout cela va perturber de manière durable la géopolitique de cette région. Rien ne sera plus comme avant. Il faut s'ancrer cela dans la tête. La relation interne de ces peuples avec la politique a connu une mutation. L'enseignement de ces révolutions c'est qu'il n'y a jamais eu – mise à part contre les Américains – d'hostilité contre les Occidentaux et FILLIU, qui est allé à Benghazi, a vu les drapeaux français accrochés sur les murs. Personne ne leur a dit : « Vous mettrez ces drapeaux ici ! » C'est plus complexe qu'on croit, notamment concernant l'islamisme. Les Salafistes - dont se revendiquait le frère du tueur de Toulouse, Merah - sont les pires des intégristes islamistes et sont un peu un héritage des dictatures car ils ne faisaient pas de politique, mais occupaient les chairs d'universités et les instances religieuses. Seulement, aux élections qui ont déjà eu lieu montre que les islamistes n'ont pas une majorité absolue. Ainsi, le vote pour les Frères musulmans est à double tranchant en Égypte : c'est la volonté de ne pas se laisser faire par l'armée et de rétablir l'ordre dans le pays. La prise de Benghazi, pense FILLIU, aurait été bien pire que l'intervention des Occidentaux. Pour lui, les arguments économiques sont secondaires en Libye. L'idéologie est le fondement principal de ces révolutions, même concernant l'intervention de la coalition internationale.

 

Source sonore : javascript:popupPlayerFlash('3531') 

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