Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Nicolas Sarkozy, dès son élection, montre son attachement aux États-Unis et à Israël, mais aussi à l'économie de marché. Ses ambitions sont la lutte contre le terrorisme et la piraterie internationale. Peu avant l'élection présidentielle de 2007, alors que Villepin tente de se dépatouiller après les manifestations contre le CPE, Sarkozy rencontre Georges Bush. Celui-ci est le premier, comme par hasard, à féliciter le nouveau président français. Dès le début, cinq dossiers sont énoncés : le nucléaire iranien, le terrorisme en Afghanistan, la guerre en Irak, l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et la Russie. Le changement climatique est aussi un point important du programme Sarkozy à l'échelle internationale mais il rencontre le mécontentement des États-Unis.
Il est par contre amusant de constater la méconnaissance de Sarkozy en ce qui concerne la politique étrangère. Il parlerait même un anglais plus que limité. Toutefois, là où les craintes américaines sont fondés, c'est que la France est, traditionnellement favorable au Liban, à la Syrie et aux Palestiniens. Sarkozy, s'il continuera de soutenir le Liban et jouera un double jeu avec la Syrie, aura tendance, fort fâcheuse, de soutenir Israël. Il rompt avec la politique de Chirac sur ce point. Nous le verrons bien, notamment lors de l'affaire de frégate de la Liberté. La France ne va jamais hausser le ton contre Israël. De plus, Kouchner, accusé à juste titre d'opportunisme, a une bonne image dans l'opinion et sur la scène internationale. Il n'est pas nommé ministre des Affaires étrangères pour rien.
En fait, ce dont on s'aperçoit, c'est que le Ier gouvernement Fillon est là pour plaire aux Américains. L'objectif est de faire de l'affichage. Sarkozy a su s'entourer de gens proche de l'ambassade américaine à Paris, notamment Morin et Hortefeux. De plus, et cela sera fermement critiqué, Sarkozy a aussi mis la main sur la politique étrangère en centralisant les décisions à l'Élysée, ne laissant à Kouchner qu'une très mince liberté d'action. La volonté de réformer le pays est entreprise sans tenir compte de ce que les conseillers du président n'avaient pas prévu : la crise financière de 2008. Globalement, à l'intérieur, comme à l'extérieur, Sarkozy est un provocateur. Son discours de Dakar, ponctué d'un relent de colonialisme mal assumé, et malgré un mea culpa de la France sur certaines erreurs, a été sévèrement dénoncé par une partie de l'opposition et des universitaires français.
Concernant l'affaire des infirmières bulgares en Libye, Sarkozy aurait considéré cela comme une victoire diplomatique de la France. En fait, il a été plus ridicule qu'efficace. On reprochera beaucoup à Sarkozy de se moquer, voire d'offenser par son attitude désinvolte, des chefs d'états étrangers. Il est à noter que le tournant a été rapide. Dès la fin de l'année 2007, la popularité de Sarkozy est très basse dans les sondages et des tensions apparaissent au sein des proches du président. Les manifestions sociales commencent fort rapidement et dureront jusqu'en 2010. Les accès de colère de Sarkozy, l'étalement de sa vie privée et son "autoritarisme", sa rigidité morale, inquiète de plus en plus. À l'époque, dans la presse française, il fait la une des journaux people, notamment lors de son divorce et de son mariage quelques semaines plus tard. Surprenant, non ?
Sur le plan extérieur, et notamment militaire, je suis en désaccord complet avec Sarkozy. La rentrée de la France dans le commandement intégré de l'OTAN est une erreur. Ce ralliement aurait été préparé plusieurs mois avant son annonce officielle, les Américains étant au courant avant les Français. La diplomatie française s'enlise alors sur l'Irak et Kouchner tente de réparer les pots cassés. Il propose une solution de sortie de la guerre, mais tout en affirmant que celle-ci se fera avec les Américains. Rappelons qu'il avait soutenu l'intervention en Irak. En France, l'opportunisme politique est une sorte de sécurité de l'emploi pour les notables. Ceux qui dirigent réellement la diplomatie en sous-mains sont des gens bien connus : Claude Guéant (secrétaire général de l'Élysée) et Jean-David Levitte (ambassadeur français à Washington).
La tournure "radicale" de la politique de Sarkozy va aussi marquer le tournant, tout aussi "radical", concernant sa popularité. Sa chute dans l'opinion est spectaculaire pour un président élu il y à peine quelques mois. Dans ses vœux de 2008 au corps diplomatique il faut noter le durcissement de la France face à l'Iran et au nucléaire. Un diplomate américain définit très bien Sarkozy : "[c'est] un pragmatique brillant, impatient, non diplomate, imprévisible, charmeur, innovant." Que de contradictions en une seule phrase ! Sa fermeté est plutôt un défaut puisque sa crédibilité baisse, même à l'échelle internationale, alors que tous les dirigeants occidentaux admiraient sa "brillante" campagne présidentielle. Toutefois, pas si bête que cela, Sarkozy recule sur le dossier Irakien en réaffirmant que la France n'enverra pas de troupes là-bas. Eh oui, notre cher président tient à son image.
Il tient tellement à son image qu'il ne faut surtout pas le contrarier si celle-ci est quelque peu ternie. Tout le monde se rappelle ce qu'était les débats dans la presse. Un jour sur deux on notait un changement de comportement, un petit revirement par ci, une bourde par-là, une tentative de conciliation pour se faire pardonner un autre moment. Bref, un président qui se fait épingler pour avoir répondu "pôv' con" à quelqu'un qui le bouscule au Salon de l'agriculture et qui est la risée du monde entier sur YouTube lorsqu'une vidéo circule le montrant "bourré" après un entretien avec Poutine. L'Élysée, pour faire passer la pilule, s'étonnera de cela car, selon les conseillers, le président ne bois que l'eau. Bien sûr ! La communication, tout dans la communication. Comme le dira Le Pen fille, il n'assume pas ses idées. En effet, opposé à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, sa politique à l'égard des musulmans est plus que préoccupante, mais aussi à l'égard des Roms.
L'affaire des Roms, en 2010, scandaleuse, a montré les limites de la France et de son président. Les thèmes de l'opposition populaire (non politique) ont été basés sur les droits de l'homme que le président bafoue sans cesse. De plus, contrairement à l'idée reçue, notamment véhiculé par Coppé et sa clique, il y a encore une opposition politique en France, certes affaiblie mais bien là. Si le Modem de Bayrou coule à pic au centre, Europe écologie et le Front de Gauche, des créations intéressantes, ont, depuis les élections européennes, affichés leur présence sur le devant de la scène en stagnant à 7-8% des suffrages. Ce sont des partis qui fortifient leur électorat alors que le Parti socialiste et la Majorité présidentielle s'effrite. Je le disais déjà sur ce blog, je sentais venir l'implosion de la droite, mais franchement, je l'avoue, pas aussi rapidement ni aussi brutalement. Toutefois, restons prudent, car l'électorat français est imprévisible et ce n'est pas dit qu'il retienne, en 2012, la désastreuse politique de Sarkozy.
En politique étrangère, il faut donc noter la position de fermeté à l'égard de l'Iran et à l'encontre de la Russie. Le rapprochement avec les États-Unis s'accompagne d'un soutien plus marqué à Israël. Il faut rappeler que Sarkozy, à l'instar de Kouchner, n'avait pas soutenu la guerre en Irak et que, donc, pour garder intact sa position là-dessus (volonté électoraliste dirons certains), il doit reculer sur le dossier Irakien. De plus, l'Union européenne est au centre de sa politique. Il est donc très fier d'avoir fait adopter un Traité de Lisbonne qui instaure un capitalisme financier à outrance et qui va se révéler désastreux en 2008. Partout en Europe, et en France, on note un recul de l'état providence d'après-guerre. Là encore, contrairement aux idées reçues, c'est un sujet qui tient à cœur les français. On a pu vérifier cela par le succès foudroyant du petit essai de Stéphane Hessel, Indignez-vous !
Les élections européennes reste un "succès" (tout relatif) de la droite classique, mais les élections intermédiaires marquent un net recul de la droite (municipales de 2008 et cantonales de 2008 et 2011). Les Accords de Londres en 2010, passés presque inaperçus dans les médias (j'ai eu du mal à trouver des informations sur les sites Internet des journaux importants), permettent une plus étroite coopération militaire entre la France et la Grande-Bretagne, notamment sur le nucléaire. C'est à mon sens un très mauvais traité qui permet certes une alliance entre les deux seuls pays possédant l'arme nucléaire en Europe. De plus, il affiche clairement que la France n'est pas prête à mettre fin à son arsenal (sa seul force de dissuasion). Ajoutons que cet accord met fin aux avancées de Chirac en matière de défense à l'échelle de l'Union européenne. En s'alliant militairement avec la Grande-Bretagne la France cherche en fait une "nouvelle" Allemagne (avec qui les relations sont tendues).
La plus critiquable des politiques de la France concerne l'Afrique. Avec la guerre en Libye qui vient d'éclater nous accumulons une série de bourde de la part de Sarkozy. Je ne reviendrais pas sur le discours de Dakar dont j'ai déjà parlé, mais je noterais les tensions en Côte-d'Ivoire et la surprenante éviction de Gbagbo, subitement perdant de l'élection présidentielle après être devenu "l'ennemi" de la France. L'arrivée de Sarkozy effraie les Africains qui ont peur de ce (néo)colonialiste connu pour ne pas apprécier les musulmans (ils sont une majorité dans les anciennes colonies). De plus, c'est surtout la politique de régulation de l'immigration et la lutte contre la piraterie qui pose le plus problème. Surtout, Sarkozy joue avec les mots, faisant des annonces, promettant de traduire les dirigeants soudanais, de réels criminels contre l'humanité, devant un Tribunal international. Seulement, il n'a aucun moyen pour le faire. Ce qui vient aussi de tomber à l'eau avec les révolutions arabes, c'est l'Union pour la Méditerranée, ambitieux projet de Sarkozy. Il s'agissait de créer une zone de coopération économique dont les deux piliers étaient Ben Ali, le tunisien, et Moubarak, l'égyptien. Ces deux dirigeants, arrosés de billets, corrompu jusqu'à la couenne, viennent d'être chassés de leur "trône" par le peuple.
Dans un câble diplomatique dévoilé par Wikileaks, un diplomate américain notait qu'une "importance significative accordée par la France à la question des droits de l'homme pourrait avoir des conséquences non négligeables sur la politique française en Afrique et au Moyen-Orient". Clairement, la guerre en Libye s'inscrit dans cette thématique là, même si, concernant le "choix" de ce pays pour s'afficher en défenseur des droits l'homme (l'image, toujours l'image !) n'a pas été des plus judicieux (une certaine tente bédouine dans les jardins de l'Élysée avait suscité l'indignation des députés qui avaient refusés – l'Assemblée nationale est pourtant à droite – de recevoir Kadhafi). Toutefois, concernant les droits de l'homme, la France n'a pas protesté lors des JO de Pékin en 2008 et n'a pas condamné officiellement la répression au Tibet. Sarkozy, même s'il a reçu le Dalaï-Lama, a accepté de ne pas le faire sous le vocable de "visite officielle". Bref, la politique économique, celle des grands patrons qui ont des intérêts en Chine, a prévalu sur les droits de l'homme. Cela en dit assez long sur les mentalités et les contradictions de notre monde. Toutefois, concernant par exemple l'indépendance du Kosovo, la France fut un des premiers pays à la reconnaître.
Le problème avec Sarkozy c'est qu'il croit encore que la France est une grande puissance. Il est évident que l'influence française n'est pas négligeable en Europe, notamment face à l'Allemagne qui voit d'un mauvais œil ce nain excité essayé de jouer les Napoléon. Il faut noter une volonté de rompre avec le passé tout en essayant de retrouver cette aura gaulliste. Une aura qu'avait Chirac. Seulement, Sarkozy est plus ambitieux et ses tentatives pour se rapprocher – en signant des juteux contrats – de l'Inde et du Brésil, ne sont pas véritablement des francs succès. Il est évident que Sarkozy a réussi à prendre aux Britanniques et aux Espagnols leur rôle d'alliés privilégié des États-Unis. Dès le départ, Obama marque une distance avec le président français tout en adoptant une politique classique en soutenant les décisions diplomatique de la France – même bancales, comme pour la Libye – afin de s'assurer un allié précieux en Europe. Finalement, la France joue le même rôle qu'Israël, mais sur un autre continent. La France sert aussi de "police" en Afrique et maintient un semblant d'unité dans la vieille Europe, traditionnellement hostile aux Américains.
Concernant l'immigration et les "minorités", la nouvelle diplomatie d'Obama se montre beaucoup plus critique que Bush. Dans un autre câble diplomatique dévoilé par Wikileaks, daté de janvier 2010, un diplomate parle de la "crise de représentation en France", affirmant notamment que "très peu de représentants des minorités détiennent des postes de responsabilité dans les institutions publiques." La non représentativité, notamment des noirs, des musulmans et des arabes, dans les chambres parlementaire, est significative. "Ainsi, ajoute le câble, la réalité de la vie publique française contredit les idéaux égalitaires de la nation. Une politique élitiste et en cercle fermé caractérise toujours les institutions publiques françaises, tandis que les discours xénophobes d'extrême droite séduisent une petite (mais parfois influente) minorité." C'est une analyse qui a le mérite d'être réaliste et rompt avec la vision apocalyptique qu’avaient les Américains après les émeutes de 2005.
Cet article a été cité en décembre 2011 sur France Culture : http://www.franceculture.fr/emission-les-enjeux-internationaux-france-la-politique-etrangere-du-president-chirac-au-regard-de-l%E2%80%99