Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Le nom de Marathon est resté dans l'histoire comme la victoire de la jeune démocratie athénienne sur le puissant empire Perse. Cette bataille a même donné son nom à une discipline sportive des jeux olympiques modernes. Cette bataille reste la plus célèbre des Guerres Médiques. Seulement, elle n'a pas eu l'importance de la bataille de Salamine et le sacrifice des Spartiates aux Thermopyles, un peu plus tard, est également un acte de courage et un sacrifice presque aussi important que celui des Athéniens. Comment expliquer la place que lui donne Hérodote dans ses Histoires? Sa vision des évènements est centré sur la cité d'Athènes et il nous donne son explication de la bataille et des conséquences qu'elle a eues. Des conséquences qui semblent fort anachroniques à cette époque là. En effet, Hérodote attribue à Miltiade ces phrases : “elle peut devenir la première entre les cités grecques” ou “ta cité la première de la Grèce”. À ce stade de la guerre, Miltiade ne peut affirmer que sa cité deviendra la première de toute la Grèce, même si inconsciemment il en est persuadé, car les Perses ne sont pas défaits. La bataille des Thermopyles en est le contre-exemple parfait.
Athènes, au début du Ve siècle avant notre ère, est une jeune démocratie. Les réformes de Clisthène ont eu lieu et, comme le rappelle Miltiade, en citant Hippias, la cité sort d'une période de tyrannie. Sparte, symbole du régime oligarchique, domine alors le Péloponnèse. À l'Est se trouvent les Perses, dénommés Mèdes par les Grecs. Darius, le roi, possède l'armée la plus puissante du monde Égéen. Les cités préfèrent se soumettre car elles ne sont pas rasées ou privées de leur liberté. C'est ce choix que les stratèges Athéniens doivent fair en engageant ou non le combat. Dans le texte d'Hérodote, le problème est assez clair : il s'agit de se soumettre ou de résister (au risque de perdre). Le discours éloquent de Miltiade cherche à convaincre l'archonte-polémarque de décider le combat ; un combat nécessaire pour sauver la liberté de la cité. Hérodote insiste sur l'aspect démocratique du choix et la responsabilité qui incombe à Callinachos. Il met en avant certaines valeurs propres à Athènes et à la démocratie. Dès lors, comment la bataille de Marathon symbolise t-elle les valeurs de la démocratie athénienne ?
Miltiade parle plusieurs fois de liberté dans son discours et l'oppose au mot esclave. L'idée de soumission s'oppose à celle de liberté. À qui doit-on le mérite d'avoir engagé le combat et donc à qui doit t'on attribuer la victoire indirectement ?Est-ce Militiade pour avoir su fléchir le polémarque ? Est-ce Callinachos, le polémarque, pour avoir compris l'intérêt qu'il avait de prendre cette décision ? Hérodote a connu personnellement Miltiade même s'il n'a pas connu lui-même les évènements étant né ver 489 à Halicarnasse en Carie. Militiade parle d'Athènes comme pouvant devenir la première cité de la Grèce alors qu'il n'est pas encore question d'impérialisme. Hérodote a une vision contemporaine de faits que Miltiade lui a peut-être racontés. Il veut souligner le rôle propre à Athènes, attribuer à la cité toute la gloire de la victoire. Ce que nous propose Hérodote c'est l'idéalisation de la bataille.
En 491, Darius choisit d'attaquer les Grecs et attaque en Érétrie. Athènes se trouve directement menacée. Lorsque les palabres ont lieu entre Callinachos d'Aphidna et Miltiade nous sommes en septembre 490. L'état major est divisé mais il faut prendre une décision. Après avoir exposé les arguments de Miltiade j'exposerais ceux de Callinachos.
“Les uns, alléguant le petit nombre de leurs soldats en face de l'armée des Mèdes [Perses], ne voulaient pas qu'on livrât bataille.” En effet, l'armée de Darius est deux à trois fois supérieur à celle des Grecs et il est légitime que certains stratèges se posent la question de l'utilité d'une bataille. Elle peut, certes, être une victoire, mais elle a surtout une chance plus grande d'être une défaite. La perte inutile de soldats est-elle un sacrifice nécessaire au bien de la cité ? D'autres cités se sont soumises et n'ont pas été inquiétées de ce fait. Seulement, face à cette opinion, Miltiade pense que la bataille est nécessaire.
“Les autres, dont était Miltiade engageaient à le faire.” En effet, il est nécessaire de combattre pour défendre la démocratie athénienne et ne pas avoir à subir la présence d'une garnison Perse dans la ville. Miltiade demande à Callinachos : “Il dépend de toi maintenant, (…) ou bien de rendre Athènes esclave ou bien d'assurer sa liberté.” Pour Hérodote, le meilleur parti est celui de Miltiade parce que la démocratie n'aurait pu survivre autrement. C'est aussi pour cela qu'il fait référence à la tyrannie en citant Hippias.
“S'ils se soumettent aux Mèdes, ce qu'ils auront à souffrir une fois livrés à Hippias, est d'ores et déjà décidé.” La soumission aux Perses, pour un certain nombres de généraux, semble signifier le rétablissement d'une oligarchie, voire même d'une tyrannie. C'est un enjeux de la bataille qui explique l'emphase de Miltiade. En effet, en 514, les tyranochtones, Harmodios et Aristogitos, assassinaient Hipparque, tyran. La survie de la démocratie est à ce prix : ou bien la cité meurt en combattant, ou bien elle se soumet. Le problème d'Hérodote est qu'il nous dit que Miltiade est certain de la victoire en reconstruisant son discours. Cela rend le choix de Callinachos d'autant plus décisif.
Les Athéniens disposent de 9 000 soldats et les Platéens en ont joint 1 000. Le rapport de force est de 1 pour 2 et donc on refuse le combat par pragmatisme. Un autre élément est à prendre en compte. Les Philaïdes, la famille de Miltiade, avaient une principauté en Chersonèse de Thrace. Il pourrait agir par intérêt personnel. On note déjà une évolution de la démocratie. Il faut noter aussi que Callinachos a été désigné au tirage au sort.
L'idéal démocratique est défendu : “C'est donc à toi [Callinachos] présentement que tout se ramène.” Le polémarque, onzième voix, joue le rôle d'arbitre dans la décision. Miltiade essaie donc de la fléchir en le mettant devant ses responsabilités. Souhaite t-il le retour de la tyrannie ? La souffrance des Athèniens sera la résultat d'une soumission tout autant qu'une défaite. Pourquoi ne pas tenter de livrer bataille et libérer l'Attique ? Pour le fléchir, Miltiade en appelle au courage du polémarque. En effet, puisqu'il a été tiré au sort, désigné par la fève, il doit assumer son rôle de représentant de la cité et donc doit tout faire pour la sauver.
“Nous sommes en état, pourvu que les dieux tiennent en balance égale, d'avoir dans le combat l'avantage.” Miltiade remet cette décision aux dieux, ce qui montre l'importance du moment mais surtout le caractère sacré qu'il accorde à la décision qu'ils vont prendre. La décision de Callinachos est donc cruciale. Finalement, il est dans une position qui l'empêche de véritablement reculer. Il donne son accord, mettant en avant l'état d'esprit des soldats lors de la bataille. La vaillance des hoplites est d'autant plus importante qu'ils se battent contre plus fort qu'eux.
Les Athèniens et les Platéens sont victorieux. Toutefois, la postérité retient le seul rôle d'Athènes. C'est une dénaturation de la réalité puisque Platées y participe et parce que la bataille n'eut pas une aussi grande influence que cela. En effet, les Guerres médiques ne sont pas terminés. La victoire permettra pourtant à Athènes d'avoir une primauté sur les autres cités de l'Attique grâce surtout à sa propagande. Le bilan est de 192 tués pour les Grecs et de 6 400 tués pour les Perses. Pour eux ce n'est pas une catastrophe.