Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Emmanuel Kant (1724-1804) est un philosophe dont je n'ai lu que deux petits essais. Bien sùr, ce ne sont pas les moins importants, mais ils ne permettent pas d'apprécier sa pensée dans son ensemble.
Onfray, dans un livre consacré au bourreau nazi Eichmann, rapproche ce monstre au philosophe allemand. Il est évident que c'est un dangereux racourci. Kant donne l'impression d'un penseur humaniste, défenseur de la souveraineté des peuples, mais qui, par son style surtout, et par une pensée qui laisse une large place à l'interprétation, reste facilement manipulable. Il faut être prudent et ne pas affirmer n'importante quoi sous n'importe quel prétexte. Kant est favorable à l'Aufklarüng, c'est-à-dire aux idées des Lumières. "Les Lumières, explique t-il, c'est la sortie de l'homme hors de l'état de tutelle dont il lui-même responsable. L'état de tutelle est l'incapacité à se servir de son entendement sans la conduite d'un autre. On est soi-même responsable de cet état de tutelle quand la cause tient non pas à une insuffisance de l'entendement mais à une insuffisance de la résolution et du courage de s'en servir sans la conduite d'un autre. Sapere aude ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement ! Volà la devise des Lumières." (Qu'est-ce que les Lumières ?, 1991 [1784], GF-Flammarion, pp.43-44). Ce texte, très intéressant, nous donne une définition des Lumières et place deux notions importants : la responsabilité et l'entendement.
Ainsi, des termes comme l'état de tutelle ou la conduite d'un autre ont aussi leur utilité. La responsabilité, d'après le dictionnaire Hachette, c'est la capacité, le pouvoir de prendre des décisions. L'homme se serait sortie, au siècle des Lumières, d'un état de tutelle dont il a lui même permis la naissance. Cet état de tutelle, explique t-il, c'est l'incapacité à se servir de son entendement, c'est-à-dire de sa faculté à raisonner, à réfléchir, et cela sans la conduite d'un autre, d'un tiers, d'un individu possédant une quelconque autorité autoritaire ou absolue. Pour Kant, se servir de cette faculté à réfléchir [par nous-même], c'est une conduite qui doit dépasser l'état de tutelle et cela en ayant le courage de se servir de son entendemen. Finalement, pour faire encore plus simple, cette devis des Lumières que donne Kant, c'est l'affirmation de la pensée par soi-même, de la liberté d'opinion. C'est, pour moi, un fondement de la démocratie moderne, c'est-à-dire celle qui naît après les Révolutions américaine et française.
Prendre la décision de se libérer d'un état de tutelle qui l'empêche de réfléchir, de s'interroger sur son existence, sur ses droits et ses devoirs, permet à l'homme de se percevoir autrement en Occident, et notamment aux Etats-Unis et en France. En posant la question, Qu'est-ce que les Lumières ?, Kant annonce, peut-être sans le vouloir et sans y avoir songé, annonce la Révolution française et les troubles en Europe des années à venir. Le paysan qui prend conscience de son statut d'inférieur, de l'injustice de cet état, va réclamer l'abolition de la société d'ordres, des privilèges et des droits féodaux, car tout cela bloque, empêche, les possibilités de faire carrière.