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Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.

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Hypathie d'Alexandrie

Hypathie.jpg

 

Hypatia, Charles William Mitchell, 1885

 

 

Hypathie   d'Alexandrie   (370­415)   était   une   philosophe   néoplatonicienne   dont   le   film Agora (2009) d'Alejandro Amenábar narre la mort en martyre. Ville­monde, Alexandrie est connue   pour   sa   bibliothèque.   Une   École   philosophique   y   était   implantée   et   le   restera jusqu'en 640. Hypathie était la fille du philosophe Théon avec qui elle étudia les thèses d'Euclide et de Ptolémée. Sa mort la fit davantage connaître que ses écrits. En effet, elle a été écorchée vive par des séides du patriarche de la ville, Cyrille.

 

Les sources


Le   peu   de   sources   dont   dispose   les   historiens   de   la   philosophie   et   de   la   pensée   en générale, sont plutôt favorable à Hypathie. Socrate le Scolastique, l'auteur d'une  Histoire ecclésiastique, était un chrétien de Constantinople. Il dénonce l'attitude de Cyrille. Notre chroniqueur décrit Hypathie comme lectrice de Plotin, et, nous explique t­il, elle connaissait parfaitement   la   pensée   de   Platon.   Charismatique,   sans   doute   assez   belle,   elle   avait   un charme qui la rendait apprécié de ses concitoyens. Un certain Damascius, dernier chef de l'Académie, nous le décrit déambulant dans la ville revêtue de sa toge blanche et interpellant ses concitoyens à la manière de Socrate. Un Jean de Nikiu, au VIIe siècle, critique Hypathie en l'accusant d'être une magicienne et une ensorceleuse. Seulement, Jean est copte, et il défend   Cyrille   d'Alexandrie   car   ce   patriarche   est   le   fondateur   de   l'église   copte.   Son témoignage n'est donc pas fiable.


Une universitaire moderne


Hypathie nous apparaît comme une véritable universitaire moderne, mêlant recherches, publications et enseignements. Elle prononçait des conférences devant un grand nombre d'auditeurs, un peu comme un professeur d'aujourd'hui qui fait cour devant les amphis des facultés. Hypathie   donnait   aussi  des   leçons   ''particulières''  à   un  auditoire beaucoup plus réduit. Ses leçons sont beaucoup plus poussées que les cours magistraux. Nous avons le noms   de   ses   étudiants :   Herculianus,   Olympius,   Ision,   Hesychius,   Euoptius   et son   frère Synesius, Alexandre, Théoctenus, Gaius et Auxentius. La plupart de ses élèves viennent des quatre coins de l'Empire et appartiennent à des riches familles de notables. Cela nous permet de noter la réputation d'Hypathie dans l'Empire d'Orient. Ses étudiant, d'ailleurs, formaient davantage une bande d'amis qu'une classe comme nous les connaissons aujourd'hui dans nos universités. Ils ont toujours respectés l'enseignement de leur maître toute leur vie, alors que certains d'entre eux étaient chrétiens. Bref, Hypathie serait une excellente professeure de fac.


Son enseignement


Je serais très cours sur son enseignement car c'est le point le moins connu. Nous savons qu'elle  a  lu  Plotin,   qu'elle   connaît  fort  bien  Platon  et Aristote  ainsi que  les  théories du fameux Pythagore, le système d'Euclide et celui de Ptolémée. Son enseignement est donc le plus   classique   qu'il   soit,   c'est­à­dire   le  quadrivium.  Nous   dirions   aujourd'hui qu'elle   est spécialiste   de   la   science   expérimentale.   Elle   donnait   des   cours   de mathématiques,   de géométrie, d'astronomie ou encore de musicologie. Il convient donc de « casser » un mythe la concernant : elle n'a pas révolutionné les sciences de son temps. Aucun de ses élèves n'est devenu un génie. Ils étaient, certes, de très bons érudit, spécialistes dans les domaines que leur enseignait Hypathie, mais ils ont fait, dans le meilleur des cas, d'excellents professeurs. Proche d'Oreste, préfet d'Égypte, qui était païen, cela aurait pu laisser entrevoir qu'elle le fut aussi. Or, nous pouvons affirmer, sans une grande marge d'erreur, qu'elle enseignait plutôt la tolérance, cherchant les points communs entre la théologie naturelle du christianisme et la philosophie   païenne.   Alors,  pourquoi   a­-t­-elle   été   tuée ?   Pour   ses   sympathies   envers   les païens ? Pour son amitié avec le préfet, hostile à Cyrille ? Par jalousie ou simplement par peur de sa notoriété et donc de son influence ?   


Le contexte politique


En 415, date de la mort d'Hypathie, c'est l'empereur Théodose II qui règne. Son entourage est chrétien et sa sœur, Pulchérie, jeune femme de quinze ans, est la véritable détentrice du pouvoir. Cyrille d'Alexandrie est un proche de la famille impériale, ou, du moins, il en est pas moins respecté. Évêque de la ville depuis 412, cet homme d'église est né vers 376 et probablement mort en 444. Brutal et sans états d'âme, le patriarche chassa de sa ville les Juifs avant de s'en prendre aux Novatiens (hérétiques chrétiens) et aux Païens. Le préfet de l'Égypte, Oreste, s'opposa souvent à lui, mais il ne put empêcher les massacres de 415 au cours desquels périt Hypathie. Rappelons toutefois que l'Egypte est considérée comme le propriété personnelle de l'empereur et que son préfet est le troisième personnage de l'Etat.
Commandant en chef et l'armée, il a le pouvoir d'un vice­roi et peut donc légiférer au nom du prince. Lorsque Cyrille tenta de tuer le préfet en lançant contre lui les prêtres intégristes de Nitrie il fut obligé de se soumettre à l'autorité impériale et des menaces pesèrent sur sa personne. Pour se venger, le patriarche fit arrêter Hypathie et la donna en pâture à ses oilles les plus furieux. Elle fut, comme je l'ai dit, écorchée, ses yeux furent crevée, puis, écartelée, ses membres furent éparpillés au quatre coins de la ville par le peuple en furie. La justice impériale, comme par un hasard fort douteux, ne fut pas rendue. Pulchérie tient alors les rênes du pouvoir. 

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