Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, tous deux sociologue, ont publiés dans la revue Le débat de janvier-février 2011 un article intitulé Retraites : les faux-semblants d'un mouvement social. Leur point de départ c'est ce qu'ils appellent le “déclin du syndicalisme à la française”, c'est-à-dire un déclin de la grève, une inter-syndicale incapable de répondre aux attentes des salariés, un État qui impose sa réforme sans concertation avec les “partenaires sociaux”. Bref, un vrai fourre tout dans lequel il est bien difficile de trouver les tenants et les aboutissants. Andolfatto et Labbé semble agacés par la politique menée par les gouvernements successifs depuis une quinzaine d'années, qu'ils soient de gauche ou de droite.
La question de la durée des cotisations a été posée pour le secteur privée en 1993 puis pour les fonctionnaires en 2003 et enfin pour les régimes spéciaux en 2007. La réforme de 2010 visait à rallonger l'âge légal de départ en retraite. Or, souligne les deux auteurs, dans le secteur privée, beaucoup de salariés, surtout en période de crise, n'ont plus de travail à partir de 55 ans. Ainsi en 2008, le “taux d'activité” des seniors – 55-64 ans – était de 39%, un des plus bas d'Europe. De fait, pour nos deux auteurs, la conséquence de l'allongement de l'âge légal de départ en retraite sera une hausse du chômage et, à terme, une précarisation des seniors puisque la retraite est calculée sur les dernières années de travail.
Il est curieux de constater que, comme pour les bourses étudiantes d'ailleurs, les allocations chômage n'ont pas augmenté et stagne dangereusement ainsi que les salaires des fonctionnaires dont le gouvernement vient d'annoncer une réduction de 5%. La loi ne prend donc aucun compte de la crise économique et tout les effets d'annonce resteront de l'ordre du théorique d'autant qu'il faut les décrets d'application pour les rendre opérationnels. Les deux auteurs sont sans concessions vis-à-vis de Sarkozy : “Pour boucher le “trou” des retraites, le Président en creusera donc plusieurs autres ailleurs. Mais, à la différence du sapeur Camember1, il saura certainement le dissimuler, au moins jusqu'après l'échéance électorale de 2012.” (p.73)
Finalement, ce qui pose question c'est la méthode de l'état pour mener à bien cette réforme et l'attitude des syndicats vis-à-vis de celle-ci. En effet, comment faire travailler des gens dont les employeurs ne veulent plus ? Quel est donc l'intérêt d'allonger l'âge légal de départ en retraite alors que les salariés du privée partent en pratique entre 50 et 55 ans de gré ou de force (et souvent de force) ? Ce qui caractérise le plus Sarkozy c'est la stratégie de l'étouffement, c'est-à-dire mettre sur pied une réforme dans l'urgence, imposant un calendrier intenable aux parties concernées. Habituellement, il obtient un terrain d'entente avec les syndicats, qu'il n'obtint pas en 2010. Seulement, et c'est le côté désolant de l'affaire à mon sens, Président et confédérations syndicales agissaient pour des raisons électorales.
La grève, mais surtout les blocages d'usines, d'universités, de routes et autres, ont entraînés un vif d'ébat. Peut-on empêcher les gens d'aller travailler ? D'ailleurs, les responsables politiques n'étaient-ils pas les premiers à dénoncer les “violences” ? Or, beaucoup de salariés soutenaient les grévistes et les bloqueurs car eux ne pouvaient pas se permettre de perdre des jours de salaire. La réalité fut des sondages qui donnaient, au début du mouvement, des chiffres avoisinant les 60% de personnes affirmant soutenir le mouvement, sans pour autant y prendre part. Selon les statistiques, un salarié de tertiaire marchand, en 2008, ferait une journée de grève tous les 35 ans en moyenne. La France est souvent perçu comme étant le pays qui fait le plus grève en Europe... Ces chiffres montrent le contraire. Dans la fonction publique, tout secteur confondu, un employé ferait une journée de grève tous les cinq ans. Quelle réalité ces chiffres sous-tendent-ils ?
Depuis mais 68, la France est un pays gréviste aux yeux des autres pays européens. Ainsi, tout au long du mouvement de 2010, les journaux de nos voisins se sont penchés sur ce phénomène “français”. Finalement, n'est-ce pas une façon de se montrer comme “contestataire” en apparence par des actions spectaculaires mais finalement très minoritaires ? Cela est en contradiction avec l'évolution des conditions de vie et de travail des français depuis une dizaine d'années. Les chiffres sont là pour montrer que le “pouvoir d'achat” régresse pour de nombreuses personnes et les inégalités sociales se creusent, comme le souligne des économistes comme Thomas Piketty. L'augmentation des suicides, des départ pour dépression ou longue maladie est une illustration d'un “malaise social” qui est très loin des préoccupations du gouvernement et du patronat. L'échec des grèves de 2010 ne risque t-il pas d'entraîner un repli sur soi de nombreux salariés qui ne savent plus comment se faire écouter, conscient que manifester ne sert à rien ? Le risque n'est-il pas un accroissement des “violences” dû à un ressentiment toujours plus fort à l'égard du patronat ?
Ces questionnements ne sont pas novateurs mais ils ont le mérite d'être urgent quant aux réponses qu'il convient d'y apporter. L'importance des manifestations de 2010 ressemble davantage a un baroud d'honneur que à autre chose. En effet, Andolfatto et Labbé expliquent que, pour être efficace, un mouvement de grève doit posséder une organisation capable de l'organiser, de gérer les manifestations en créant un mouvement collectif passant outre les revendications individuelles ; doit mettre en place des caisses de grèves permettant de financer, par la solidarité, les salariés qui décident d'arrêter le travail ; enfin, il faut une cohérence dans les revendications afin de pouvoir discuter avec les employeurs sans que ceux-ci puissent trouver des terrains d'ententes séparés. Or, “à l'automne 2010, aucune de ces conditions n'est réunie” car pour les syndicalistes la grève est un “sacrifice” auquel les salariés doivent consentir.
À travers les médias, nous avons vu des gens donner de l'argent à des grévistes, du café et des choses à manger par un élan de solidarité citoyenne. Les syndicats sont souvent très loin de ses scènes et beaucoup de grévistes refusaient aussi leur présence considérant qu'ils étaient incapables de gérer et de comprendre les problèmes qui les préoccupent. D'ailleurs, les auteurs le souligne, “cette désyndicalisation se poursuit depuis 2003 et continuera après les déceptions de l'automne 2010” (p.76). La figure du “militant” a souvent été importante par le passé alors que, aujourd'hui, celui-ci est souvent “bombardé” dans une entreprise dont il est parfois totalement étranger. Ce syndicalisme par “parachutage” n'a aucune chance de s'enraciner durablement dans une entreprise, surtout lorsque celle-ci change régulièrement d'effectifs. Finalement, la dé-sorganisation, voulue par les confédérations syndicales, a eu un effet pervers pour celle-ci.
Paradoxe encore : beaucoup de français estiment que les syndicats ont trop d'argent et que celui-ci serait en partie des “cadeaux” du gouvernement. Bref, une forme de corruption légale et a grande échelle. J'ai bien dis, une forme de corruption et non pas de la corruption. Pour Andolfatto et Labbé, les cotisations représentent 15% des ressources des syndicats. De plus, les entreprises versent des bons, une certaine somme d'argent, à leur salariés où directement au syndicat de leur choix. Ces sommes d'argents sont rendus publiques. Or, beaucoup d'autres financements, plus ou moins légale (plus moins que plus d'ailleurs) ne sont pas mentionnés dans les comptes des confédérations, comme la rémunérations par les entreprises des journées perdues par les syndiqués, par la création de postes de médiateurs sociaux données aux syndicalistes... Comme le montre les auteurs, les syndicats négocient souvent avec les employeurs dans le dos des salariés, affichant un semblant de cohésion sociales sur le terrain.
La conclusion générale qui apparaît c'est le manque croissant d'indépendance des syndicats et de démocratie en leur sein. C'est à cette question là qu'il faudra répondre dans le futur si les syndicats veulent garder une place parmi les salariés et si ils veulent retrouver des adhérents.
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1C'est une bande dessinée française de Christophe (1856-1945), Les facéties du sapeur Camenber. Camember.