Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Les lieux les plus romanisés sont les lieux les plus christianisés. Les populations possèdent souvent une communauté et les idées chrétiennes sont mieux acceptées. Ce phénomène reste en dehors des campagnes, encore païennes. Les prêtres n’hésitent pas à confisquer les temples pour en faire des églises, ce qui provoque des émeutes parfois sanglantes.
La commune, en règle générale, possède un territoire délimité naturellement par un bois, une rivière ou des montagnes, et peut s’étendre sur une surface de 10 à 10 000 hectares. Le nom d’une église permet de la dater. Les plus anciennes évoquent les mystères de la religion. Ainsi, nous trouvons des églises de la Croix, de la Trinité ou du Sauveur. Il y aussi les églises qui portent des noms de Saints. La figure du Saint, sa vie et ses miracles, avait une place importante dans la vie religieuse des croyants. Des individus les plus pauvres aux plus riches, le Saint était considéré comme faiseur de miracles. Les pèlerinages, par l’intermédiaire du culte des reliques, étaient nombreux. Barthélemy, André ou Pierre sont des Saints presque aussi populaires que la Vierge, Etienne et Jean-Baptiste. Beaucoup d’églises portent le nom de martyrs, tel Damien, Marguerite, Côme… Saint Martin, évêque de Tours, est populaire aux Ve et VIe siècles. Clovis ira se recueillir sur son tombeau. Grégoire, l’auteur des Dix livres d’histoires, le tiendra en haute estime.
L’église en elle-même est entourée de chapelles secondaires. L’importance d’un diocèse peut se mesurer par le nombre d’églises paroissiales qu’il possède. Ainsi, à la fin du Ve siècle, le diocèse d’Auxerre possède 20 églises paroissiales dont 12 dans les domaines, 8 dans les bourgs. À la fin du VIe siècle, il compte 37 églises paroissiales dont 24 dans les domaines et 13 dans les bourgs. En règle générale, un département accueillait 20 à 30 lieux de cultes. Les habitants d’une région trouvaient une église tous les 15 à 20 kilomètres. Il faut ajouter à cela les chapelles, plus petites et plus nombreuses, sans compter les calvaires.
Sous les rois Mérovingiens, l’administration territoriale est simple. Il y a les comtés, anciennes civitas romaines, dirigés par le comes, qui possède des pouvoirs judiciaires, fiscaux et militaires. Cette division administrative peut être comparé à un chef-lieu de canton actuel. L’autre entité, c’est le duché, dirigé par un dux. Son pouvoir est essentiellement militaire. Le duché était créé après une victoire sur un peuple afin de le pacifier. Ensuite, le duché était incorporé dans le regnaconcerné et divisé en comtés. Chaque homme libre, qu’il soit d’origine franque ou gallo-romaine, doit le service militaire au roi. Le comte doit envoyer une troupe armée, l’ost, lorsque le roi le lui demande. Le comte réside en ville. À cette époque, une ville est petite. Paris s’étendait sur 9 hectares, ce qui était déjà beaucoup.
Au sein des comtés, si l’on zoom davantage, nous trouvons les campagnes. Elles sont dominées par une aristocratie foncière très puissante qui possède des grands domaines. La villa est au cœur de ces domaines, entretenus par des esclaves et des paysans libres. Le domaine, pour zoomer encore, est divisé en plusieurs tenures. Ces tenures sont exploitées par des paysans qui paient une redevance au propriétaire.
La population vivait assez misérablement. Les maladies sont nombreuses et souvent mortelles. Des guérisons miraculeuses ont été observées dans les lieux de pèlerinages. Elles concernent, pour 41% d’entres elles, des paralysés qui retrouvent l’usage de leurs bras ou de leurs jambes. 19% concernent des aveugles qui recouvrent la vue et 8% des muets. Il est aussi intéressant à noter que 13% de fous ou de possédés (par le malin) recouvrent la raison au contact des reliques. Les rapports des moines médecins adoptent les méthodes d’Hippocrate et sont donc dignes de foi. Ils sont aussi détaillés que possibles.
Grâce à ces rapports, nous pouvons décrire la société du Ve siècle. Le peuple souffrait de carences alimentaires importantes, notamment en avitaminoses. Cela entraînait des polynévrites, des trachomes, des glaucomes et un fort rachitisme infantile. Les guérisons miraculeuses s’expliquent par la nourriture que les moines distribuaient aux pèlerins. La poliomyélite était aussi une maladie fort répandue et qui était due à une mauvaise hygiène, à l’eau croupie des fontaines, aux marécages. Cette malade entraîne des déformations osseuses et des paralysies. Enfin, pour achever un tableau peu reluisant, ajoutons le paludisme et les fièvres paratyphiques.
Allez, faisons un peu d’anthropologie. Comment étaient-ils ces gens du cinquième siècle ? Ils étaient plutôt petits. En moyenne, un homme mesurait 1 m 67 et une femme 1 m 55. Cette faible taille s’explique par la malnutrition et par le taux élevé de consanguinité. Le mariage entre parents n’était nullement interdit dans les traditions germaniques. Il arrivait souvent qu’un oncle se marie avec une nièce afin de garder le patrimoine de son frère dans la famille. Une femme avait souvent trois enfants. Mais cette moyenne, qui nous semble faible, s’explique par la mortalité des femmes en couche, et souvent à la première grossesse. La majorité « civil », qui permettait de se marier était de 12 ans pour les filles et de 14 ans pour les garçons.
L’espérance de vie est d’environ trente ans. Les hommes avaient une durée de vie plus longue que celle des femmes car ils n’avaient pas à subir la dure épreuve de l’accouchement. En effet, les femmes mourraient souvent en couche entre 18 et 29 ans. La mortalité infantile était élevée. On pense que 5 enfants sur 100 mourraient à la naissance et la moitié avant l’âge de trois ans. Les accidents post et péri génitaux étaient nombreux, entraînant des handicaps physiques et ou mentaux chez l’enfant. Les névroses ne sont pas anodines. L’épilepsie est courante ainsi que la dépression maladive. Tous ces gens étaient considérés comme des possédés du démon. Au moyen âge, les gens s’ingénieront à les brûler, même si, parfois, ils ne seront qu’exclus avec une inhumanité qui ferait pâlir nos braves contemporains. Pour les gens, il faut le signaler, c’était une attitude normale, naturelle.
Le fait d’avoir ne nombreuses femmes n’était pas non plus anormal, mais cela s’inscrivait dans une logique de survie. La population est jeune au Ve siècle. Un homme de 40 ans est vieux. Pour nous, une personne est vieille à 80 ans. Passé ce seuil de 40 ans, les gens vivaient souvent très vieux. Ainsi, les femmes atteignaient en moyenne l’âge de 67 ans et les hommes celui de 76 ans. Les évêques, souvent cloîtrés, moins exposés aux maladies, vivent plus longtemps.