Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Chez les Francs, le pouvoir est détenu par un chef de guerre, le heerkönig, choisi, depuis le milieu du Ve siècle, dans la même famille. Toutefois, avant la montée en puissance des Mérovingiens, l'autorité du chef de guerre concerne un territoire réduit. Souvent, il dirige une forteresse comme ce fut le cas pour Clodion, rex de Dispargum. Ce “roi”, qui n'en est en fait pas un, possède un pouvoir très limité en réalité. Si Clovis saura s'imposer par son autorité naturel, son charisme, ce ne fut pas le cas de ses ancêtres qui n'ont pu accéder aux plus hautes fonctions qu'en tuant leurs adversaires. Le roi des Francs, rex Francorum, est choisi dans la famille du défunt. La pratique du partage est courante. Toutefois, le roi, en tant que personnage public, est sacré. Il dirige l'armée.
La pratique du partage
Lors des partages, les villes sont au coeur des transactions du fait des clientèles qui lient les fils du défunt. En fait, l'idée que c'est le tirage au sort qui désignait les lots est faux. En effet, si Thierry obtient la plus grosse part en 511 c'est parcequ'il est l'aîné et qu'il a une plus large clientèle. Dans la forme, il s'agit d'un partage aequa lantia, c'est-à-dire à balance égale (Grégoire de Tours, II, 1). Ce type de partage se retrouve en 532 lorsque Clotaire et Childebert se partage les terres de Clodomir après avoir assassinés les héritiers de celui-ci. En 561, en revanche, avec la mort de Clotaire, c'est un partage régulier par tirage au sort des lots, cette fois-ci. Ainsi, l'aîné n'aura pas nécessairement la plus grosse part (IV, 22).
L'historien consciencieux peut se poser la question : les territoires doivent-ils être équivalent sur le plan de la superficie ? Rappelons que le royaume est un bien privé pour les Mérovingiens. Celui-ci est leur patrimoine. Rouche explique cette pratique des partages par le respect de la tanistry germanique et par le retour aux coutumes matrilinéaires. Ainsi, en 524, la tanistry accorde l'héritage du défunt roi à ses frères et non à ses fils en priorité puisque c'est l'idée que le plus âgé est le plus digne d'obtenir cette héritage. Cette pratique, utilisé dans de nombreuses société, est encore celle des rois saoudiens aujourd'hui. Thierry, en 511, même en étant le fils d'une épouse secondaire, selon la coutume germanique, possède les mêmes droits de succession que les enfants de Clotilde.
La perception de l'espace
Dans un article publié en 2001, l'historienne Dominique Iogna-Prat, explique que “avec les Francs, les gentes (=les grandes familles) sont regroupées dans le cadre de regna (=royaumes) qui récupérèrent les anciennes divisions territoriales romaines et contribuent à une fixation juridique des populations.”En effet, avec les invasions barbares aux Ve et VIe siècles un phénomène de régionalisation se met en place. Par exemple, l'Austrasie peut-être considéré comme un espace politique unifié multiculturel.
L'élément de base c'est la patria qui peut prendre la forme d'une patria propria, patrie locale, ou d'une patria communis, patrie romaine. À l'époque, chacun obéit à la loi de sa patrie locale (un franc au droit franc, un romain au droit romain...). De plus chacun appartient à une seigneurie ou à une paroisse. De fait, peu à peu, le roi se sent investi du rôle de pater patria, c'est-à-dire de pére de la patrie dont le rôle est de protéger, au nom du divin, les gens de sa patrie.
L'organisation de l'espace
Chez les Mérovingiens, le roi nomme et révoque les fonctionnaires parmi lesquels le plus puissant est le dux qui dirige un duché. C'est la plus haute charge de l'administration provinciale franque. Personnage puissant, il est à la fois délégué du roi et chef militaire. Il a pour mission de rétablir l'ordre dans une région, comme ce fut le cas de la Thuringe, mais il était surtout nommé pour pacifier les régions nouvellement conquise. Thierry, fils de Clovis, sera duc en Auvergne. De plus, le duc, en tant que délégué du roi, commande la province sur laquelle il a autorité en pouvant déclarer la guerre sans l'accord du roi et en commandant les comtes présent sur le territoire de son duché.
L'unité de base, en province, c'est le comté, dirigé par le comte, le comes, qui est le fonctionnaire le plus connu des Mérovingiens. C'est le référant local, celui que tout le monde connaît. Toutefois, le comté est divisé en centaines, chacune d'elle dirigée par un fonctionnaire nommé par le comte, le centenier. Le comte règle les affaires les plus courantes, comme rendre la justice, récolter l'impôt, rétablir l'ordre... Le centenier est chargé de rendre la justice au nom du comte dans les campagnes pour les affaires de litige par exemple.
Arrive le domaine du roi, spécificité du début du moyen-âge et qui perdura par la suite. Le roi possède un domaine, le fiscus, dont il récolte directement les revenus. Il est le seul bénéficiaire de ses revenus. En plus, c'est lui qui perçoit les tributs des peuples vaincus et il a droit à une part des butins récoltés lors des campagnes. Le roi est aussi celui qui récolte l'impôt. Seulement, il est rare que l'impôt principal, la capitation, lui soit régulièrement versé. Cet impôt direct est prélevé selon la taille de l'exploitation agricole, la manse, ou prélevé en fonction du nombre des habitants sur l'exploitation.