Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
Pour Éric Hobsbawm, un des plus grand historien contemporain, la Révolution française ne doit pas être marginalisée. Pour comprendre l'histoire de France, il est nécessaire de la connaître. Il y a des lectures opposées de la période avec des débats parfois violents. Cela date du XIXe siècle. Nous pouvons citer Constant, Thiers ou même Tocqueville. Guizot, par exemple, était un libéral. Il ne faut pas perdre de vue que la Révolution a été perçue à l'époque comme une « rupture » fondamentale. Lors du bicentenaire, en 1989, il fallait éviter de parler de « révolution » parce que cela est dangereux dans un monde capitaliste ultra-libéral. Pour des démocraties, il est hors de question d'en faire l'économie. Pour Hobsbawm, la vision de Furet, l'auteur de Penser la Révolution, est dépassée.
Concernant le modèle capitaliste, l'historien anglais n'est pas spécialement tendre. Pour lui, le marché totalement libre n'est pas une nécessité. Il y a des alternatives et même des possibilités pour que les choses changent. Seulement, il n'y a pas de volonté politique. Hobsbawm n'a jamais renié son attachement au marxisme et il est aujourd'hui un des derniers très grands historien communiste à être si connu. Il est né en 1917. Lorsqu'il disparaîtra, il n'y aura plus d'historien aussi engagé et aussi cultivé et rigoureux que lui. Certains historiens contemporains sont bien communiste, comme Grosser, mais celui-ci publie peu, bien que son 1989, l'année où le monde a basculé, soit un chef-d'œuvre d'histoire contemporaine qui fera certainement date et entrera dignement dans les cours d'historiographie à l'université d'ici quelques années.
Hobsbawm est reconnu comme étant l'un des plus grands historiens encore vivant du fait de sa capacité d'analyse, mais, paradoxalement, c'est un historien engagé et qui ne cache pas ces idées. De fait, il a été souvent remis en cause. En effet, un communiste qui écrit sur le XXe siècle, avec le fleurissement du capitalisme libéral, peut-il être objectif ? Il peut l'être sans se sentir obligé de dénoncer le stalinisme par exemple. Il y a une différence entre parler des atrocités commise par le régime de Staline et les cautionner ou les rejeter en bloc. Il est évident que ce communiste invétéré n'était pas le plus apprécié des éditeurs français et son chef-d'oeuvre qu'est L'Âge des extrêmes, publié en 1994, a failli n'être jamais traduit en français.
Les éloges pleuvent :
"Hobsbawm ne possède pas uniquement plus de connaissances que d'autres historiens, il écrit également mieux qu'eux."
Tnony Judt, historien britannique
En 2003, il a notamment reçu le prix Balzan pour ses travaux sur l'histoire européenne depuis 1900. Il est a signalé que ce prix, fondé en 1951, a récompensé les plus grands penseurs du demi-siècle. Citons Labrousse, Borges, Duroselle, Starobinski, Gombrich, Lévinas, Ricoeur, Zink, Grätzel, Ginzburg...