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11 juin 2012 1 11 /06 /juin /2012 02:45

La peur d'un retour du Front National, et donc de son président, Jean-Marie Le Pen, au second tour de l'élection présidentielle de 2007, favorise le vote en faveur des partis traditionnels que sont le Parti Socialiste et la droite conservatrice, incarnée alors dans la jeune Union pour un Mouvement Populaire (fondée en 2002). La participation fut importante, marquée sans doute par une campagne dynamique de Nicolas Sarkozy, ministre dans le gouvernement sortant et Président de l'UMP. Près de 37 millions de votants et le candidat de la droite devance largement Ségolène Royale, candidate du Parti Socialiste, avec 31,8 % des voix. La défaite de la socialiste, donnée pourtant vainqueur de l'élection quelques semaines plus tôt, confirme les tensions qui règnent au sein du parti après l'échec de Lionel Jospin en 2002. Le grand perdant, du reste au profit de la droite classique, est Jean-Marie Le Pen, puisqu'il totalise 10,4 % des voix, largement devancé par un homme que personne n'attendait, François Bayrou, qui réalise le score de 18,5 % des voix.

Le débat traditionnel, qui n'eut pas lieu en 2002, Jacques Chirac ayant refusé de débattre avec un personnage comme Le Pen, s'est tenu le 2 mai. Il ne fut pas à l'avantage de la candidate socialiste, moins bien conseillée et dont l'expérience politique est clairement plus faible, eut égard au fait que son rival a été membre du gouvernement plusieurs années de suite, ce qui endurcit, si l'on peut dire. Ségolène Royale ne cache pas son virage vers le centre, cherchant, maladroitement, à faire fléchir Bayrou de son côté. Du reste, ce dernier, aveuglé par ce qu'il croit être une onction populaire, alors qu'il s'agit en réalité d'un vote de sanction à l'égard des socialistes et des conservateurs, va refuser d'appeler à voter pour quelqu'un. Il fondera même le Mouvement Démocrate, sensé succéder à l'UDF de Giscard d'Estaing. Au yeux de l'opinion, Royale s'est non seulement compromise, et ses manœuvres sont mal comprise par son propre camp. Le débat fut donc considérer comme un échec, notamment parce qu'elle a trop souvent affiché son émotion, ce qui, paraît-il est un signe de faiblesse en politique. Il n'est pas étonnant que Nicolas Sarkozy, le plus moral des hommes politiques français (c'est bien connu !), est su parfaitement gardé son calme. Notons que c'est sous sa présidence que sera entamé un virage vers l'extrême-droite tout à fait glauque. Il l'emporte facilement au second tour avec 53 % des voix.

Fraîchement élu, il nomme alors François Fillon comme Premier Ministre. Le Gouvernement va être décrié. Sarkozy, calculateur, sans état d'âme aucun d'ailleurs, va nommer des gens qui sont alors dans l'opposition, comme Hervé Morin ou Bernard Kouchner aux Affaires étrangères (homme qui est là pour plaire à la Maison Blanche). Le but affiché est d'affaiblir les socialistes et les centristes. Il est possible de dire que la méthode « Sarkozy » a plutôt bien fonctionné. Les Législatives, dont le second tour a lieu le 17 juin, donne une confortable majorité à la droite qui obtient 345 sièges sur 577, soit la majorité absolue.

Le Premier Ministre prononce alors, le 3 juillet, le fameux discours de politique générale, qui dure plus d'une heure. Il annonce d'emblée les réformes des institutions, mais aussi le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux qui partira à la retraite. Il annonce aussi la réforme judiciaire (qui suscitera tant de critique, et à juste titre) et promet de faire baisser le chômage à 5 % de la population active (lorsque l'on sait aujourd'hui qu'il stagne entre 9 et 10%, il y a de quoi sourire).

Nicolas Sarkozy va piloter la vie politique depuis l'Élysée, laissant au Premier Ministre le rôle d'adjoint, d'homme de l'ombre, de celui qui exécute les ordres. D'ailleurs, cette vision se vérifie largement par la manière dont le président à mené sa politique étrangère, se servant de Kouchner comme d'une couverture médiatique, gardant pour ses adjoints, dont Claude Guéant (de sinistre réputation pour ses orientations politiques douteuses), les dossiers les plus intéressants et les plus sensibles.

Nous avons vu ce qu'il est advenu de sa politique de division, dont les prémisses se trouvaient dans sa politique comme ministre de l'Intérieur et dans la radicalisation de ses discours, dans sa pratique même de la politique au plus haut niveau, donnant de la classe dirigeante une image détestable, dans ce qu'il y a de pire, je crois, en matière de dépravation et d'inconsistance intellectuelle. La réforme honteuse des universités et le rapport qu'entretenait Sarkozy avec les jeunes des milieux populaires ont contribué à tendre la vie politique interne. La création d'un ministère de l'Immigration, un débat sur l'Identité nationale et tout les dérapages racistes de Brice Hortefeux et Claude Guéant (tout deux amis du Président et qui seront, tout deux, ministre de l'Intérieur), passant comme lettre à La Poste.

La crise économique, venue se greffer à une tension sociale manifeste depuis l'annonce de la réforme du régime des retraites, la contestation étudiante et lycéenne face à la LRU (réforme des universités), va provoquer, par intermittences, la paralysie du pays. À l'automne 2010, une série de grèves, pour protester contre la réforme des retraites, plonge la France dans le doute quant à l'avenir. Au niveau politique, comme partout en Europe, c'est l'extrême-droite qui récolte les mécontents et consolide son électorat, les gens se persuadant que c'est la faute à la démocratie, aux Arabes et à l'Europe, s'ils sont dans la panade. En fait, la situation n'est pas si simple et les propositions du Front National pour régler une crise comme celle-là (pire qu'en 29 à l'échelle planétaire) sont très, mais extrêmement faible. En 2011, personne ne pensait que l'euro tiendrait l'hiver, alors que le printemps, bien avancé, n'a pas changé grand chose à la situation, certes, mais la crise monétaire annoncée n'est pas survenue. De fait, la peur et la propagande n'ont pas suffit à la Majorité Présidentielle pour renforcer leur légitimité de 2007. Le Sénat vire à Gauche quelque mois avant l'élection présidentielle de 2012. Cela s'ajoute aux victoires de la gauche lors des élections locales.

Que ce soit sur le plan institutionnelle, économique, politique ou sociale, la droite à privilégié le jeu de la division et de la caricature, stigmatisant les Arabes, les Musulmans, les « étrangers » et les Roms, plutôt que celui de l'opposition constructive aux stupides théories économiques allemandes, qui ont amenés l'Europe dans la situation que l'on connaît, avec des Grecs qui votent maintenant pour les nazis (eh oui, c'est, hélas, véridique !) et les communistes tellement ils sont dégoûtés par les inhumanités de la communauté internationale, par la folie d'un Fond monétaire international suffisamment puissant pour imposer aux États ses conditions, alors que tout cela ne repose que sur des institutions créés après la Seconde guerre mondiale, sous l'impulsion des États-Unis, pour permettre la relance économique de l'Europe. En fait, il s'agissait de la libéraliser, ce qui a très réussit, notamment grâce à François Mitterand, président socialiste, auquel le nouveau président, François Hollande, ne cesse de se référer, ce qui peut avoir de quoi inquiété, lorsque l'on sait qu'il admire Keynes.

À l'aube de son quinquennat, ne préjugeons pas trop tôt de ses capacités. Toutefois, ayant voté pour lui au second tour (par défaut, pour faire battre Sarkozy), je ne suis pas pour autant aveuglément favorable à tout ce qu'il propose. Au contraire, j'attends de voir.

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  • : Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
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