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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 20:54

 

Alexandre le Grand fut un des grands hommes de l'Antiquité occidentale si nous nous en tenons à la tradition européocentriste de l'histoire. Tout ça simplement parce qu'il est de culture grecque et comme celle-ci est à l'origine de notre soi-disant grandeur, il faut le révérer et l'admirer pour ce seul fait. Allez : je rassure de suite le passionné du roi et général Macédonien en affirmant que mon but n'est pas d'en instruire le procès puisque je ne suis pas un procureur, mais d'en regarder quelques aspects rapportés par le professeur au Collège de France, Pierre Briant dans une série de cours. Je ne serais certainement pas aussi sérieux que cet éminent spécialiste du monde achéménide car ce n'est pas l'objectif de l'article.

 

Le grand public n'ignore rien du grand homme, ne serait-ce que par le film qui porte son nom et dont le résultat est assez bon, à mon sens, pour les scènes de batailles. Il n'a pas échappé au connaisseur la volonté du réalisateur de montrer le roi sous son meilleur aspect. Il montre la vigueur du jeune homme qui veut en découdre et peint les folles ambitions du roi qui veut dominer le monde. Il ne passe pas sous silence, bien sûr, les trahisons de ses généraux qui vont dépecer le vaste et éphémère empire macédonien.

 

C'est par cet aspect que Pierre Briant commence son cours en revenant sur le débat se demandant quels sont les mérites et les bienfaits de la conquête. Alexandre a t-il construit ou détruit ? La question, je trouves, mérite d'être posée car elle pourrait aussi s'appliquer à un empereur français aussi éphémère, Napoléon Ier. Vous imaginez certainement ce quelle est l'image de ces deux souverains : des génies militaires. Les historiens ont démontré qu'il fallait nuancer le génie de Napoléon qui a surtout saigné à blanc plusieurs générations de jeunes gens, morts bêtement dans des campagnes inutiles. En est-il de même pour notre jeune roi macédonien, successeur de Philippe V ?

 

Comme le montre Worthington, cité par Briant, « il y a un gouffre entre l'Alexandre mythique, image très répandue de nos jours, et l'Alexandre historique ». Il est curieux qu'il soit surnommé Grand, comme le fut Charles, roi des Francs. Pour un roi qui ne fut presque jamais en son royaume, préférant guerroyer à l'extérieur contre les Perses, causant la mort de milliers de ses soldats et le massacre des peuples indigènes. La même critique qui peut-être fait à Napoléon. Qu'allait-il faire en Russie de si nécessaire pour la France ? Si Worthington dresse un portrait des plus critique à l'égard d'Alexandre, il a le grand mérite de montrer que l'image historique doit être revisitée. Il est facile de se rendre compte du poids démographique que cela engendre pour un si petit royaume. La Macédoine se trouvant dépourvue d'hommes capables de tenir les armes, elle est à la merci d'éventuels envahisseurs.

 

Il va sans dire que cette vision critique, dite « école révisionniste », n'a pas que des adeptes, et d'autres historiens tiennent à ne pas enterrer trop vite la légende. Ils ont des arguments qui sont légitimes. Holt a montré que certaines interprétations de Worthington étaient infondées. Il préfère se montrer prudent, dénonçant la hâte que certains ont eu à « enfoncer » Alexandre, lui trouvant des défauts partout. Dans le courant d'une historiographie positive nous rencontrons Droysen. Pour lui, nul doute n'est possible, Alexandre fut à l'origine d'une ère nouvelle. Il a marqué l'histoire à jamais. Certes, il est sûrement connu par plus de la moitié de l'humanité, mais honnêtement cela n'en fait pas un héros universel.

 

Bref, ce n'est pas là la thèse de Droysen. Les Perses sont les ennemis de toujours – ou presque – des Grecs, mais il fallait oser s'attaquer à leur empire, très réputé à l'époque. La chance d'Alexandre fut de tomber sur un piètre Darius, mauvais meneur d'hommes. Droysen cherche à comprendre l'origine de cette engouement spontané pour une entreprise dont les chances de réussites n'étaient pas très hautes. Sa solution est interne à la Grèce, avec l'émergence des tensions entre les cités lors de la Guerre du Péloponnèse. Il ajoute que l'empire perse connaît un lent affaiblissement au cours du IVe siècle.

 

Le projet de guerre contre l'ennemi de toujours, dans l'esprit d'Alexandre, mais certainement inconsciemment, c'était de rétablir la fiction d'une Grèce unie contre les terribles Perses. Ce qui a joué un peu dans la légende, n'est-ce pas aussi parce que les Perses ont souvent eu une image très négative dans les représentations populaires ? Le film 300– que je trouve totalement nul pour ma part – en est la piètre illustration. La bataille de Marathon est une référence, même si elle est lointaine par rapport aux conquêtes macédoniennes. Le projet d'Alexandre, vu avec les yeux de l'époque, avait quelque chose d'assez cohérent. Finalement, doit-il ses succès à son seul génie, ou bien a t-il été aidé un tout petit peu par la médiocrité des achéménides ? Je laisserais la question ouverte pour le moment.

 

 

 

 

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commentaires

Viviane 01/08/2012 22:43


Merci pour tes passages, c'est gentil, je ne suis pas très courageuse depuis quelques temps.
Bonne fin de soirée.
Bisous
Viviane 

michelet 02/08/2012 19:39



Je passe quand j'ai un peu de temps, et mon ordinateur commence à faire des siennes alors je suis moins souvent sur Internet.


Bonne fin de semain. 



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  • : Ce blog a été créé par un étudiant en histoire et sociologie de l'Université du Havre. Il propose des articles allant du travail universitaire (exposé, compte-rendu...) à l'analyse spontanée de l'actualité... Il est donc à la fois objectif et subjectif, partial et impartial, méritant la plus grande prudence concernant les analyses de l'actualité notamment car elles sont parfois politiquement orientées.
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